Le Culte de l’Extase : Quand la Mystique Rencontre l’Orgasme

Le Culte de l’Extase : Quand la Mystique Rencontre l’Orgasme

(Je pose mon café, je sors mon carnet usé, je regarde le fond de tasse comme si j’allais y trouver l’inspiration. Parce que là, Cherchant, t’as mis le doigt sur un truc qui me fait vibrer depuis des années.)

Putain. Thérèse.

La première fois que j’ai vu Le Bernin à Rome, j’avais 22 ans, j’étais en voyage “culturel” (lire : j’faisais le touriste). Je savais pas quoi attendre. Je suis entré dans Santa Maria della Vittoria, j’ai tourné à gauche, et je suis resté planté là, bouche ouverte, pendant dix minutes.

L’ange qui tient la flèche. Thérèse renversée, la bouche entrouverte, les yeux mi-clos, le drapé qui semble encore bouger. C’est pas une sculpture religieuse. C’est l’orgasme fait marbre. Et tout le monde le voit. C’est pas caché. C’est pas subtil. C’est LÀ.

Et pourtant, pendant des siècles, on a appelé ça “extase mystique”. Pas “jouissance”. Pas “orgasme”. “Extase”.

Comme si changer le mot changeait la chose.


Le Culte de l’Extase : Quand la Mystique Rencontre l’Orgasme

Ou comment des saintes ont décrit leur union à Dieu avec des mots qui feraient rougir un libraire érotique


D’abord, parlons de Thérèse

(Je feuillette mes notes, je retrouve les citations que j’avais soulignées)

Thérèse d’Avila, 16ème siècle, réformatrice du Carmel, docteur de l’Église (la première femme, d’ailleurs). Elle écrit dans sa Vie (chapitre 29, si tu veux checker) :

“Je vis un ange près de moi, vers ma gauche, sous forme corporelle… Il n’était pas grand, mais petit, très beau. Je voyais dans ses mains un long dard d’or, et à l’extrémité du fer, je croyais voir un peu de feu. Il me semblait qu’il le plongeait dans mon cœur à plusieurs reprises et qu’il me perçait les entrailles. Quand il le retirait, il me semblait qu’il les emportait avec lui, et je restais tout embrasée d’un grand amour de Dieu. La douleur était si vive qu’elle me faisait pousser ces gémissements, mais la douceur de cette douleur excessive était si grande que je n’avais aucun désir qu’elle cessât.”

Attends, je relis posément.

“Perçait les entrailles.”
“Gémissements.”
“Douceur de cette douleur excessive.”
“Je n’avais aucun désir qu’elle cessât.”

Tu me diras, c’est pas “et puis j’ai joui”. Mais putain. C’est écrit par une carmélite du 16ème. À une époque où on brûlait les femmes pour moins que ça.

Alors la question : est-ce que Thérèse savait ce qu’elle décrivait ?

Bien sûr que oui.

Thérèse, c’est pas une naïve. Elle a grandi dans une famille de lecteurs, elle a lu des romans de chevalerie (sa mère les cachait, mais elle les lisait quand même), elle connaissait le langage amoureux. Quand elle dit “percer les entrailles”, elle sait que ça résonne. Elle choisit ses mots.

Mais l’institution, elle a fait quoi ?

Elle a dit “extase mystique”. Pas “orgasme”. Pas “jouissance”. Pas “plaisir”. “Extase”.

Parce que si c’est Thérèse qui jouit, alors Thérèse est un corps. Et si Thérèse est un corps, alors la sainteté peut passer par le corps. Et si la sainteté passe par le corps, alors toutes ces femmes qui prient, qui jeûnent, qui se flagellent… elles ont peut-être juste besoin d’un bon vibro.

(Je marque un temps, je laisse le truc infuser)


Ce n’est pas qu’elle. C’est toute une tradition.

(Je tourne les pages de mon carnet)

Angèle de Foligno (13ème siècle) : “Son amour est entré en moi si doucement que je n’ai pu que crier. Et c’était une douceur si grande que je ne pouvais ni parler ni bouger.”

Hadewijch d’Anvers (13ème siècle) : “Il vint à moi, il me prit dans ses bras, il me pressa contre lui. Tous mes sens s’ouvrirent et je sentis en moi un tel transport que je crus mourir.”

Marguerite-Marie Alacoque (17ème siècle) : “Il me fit reposer sur sa poitrine, et je sentis son cœur brûlant qui touchait le mien. Il me dit : ‘Ceci est pour toi, ma bien-aimée.’ Et je fondis entièrement.”

Et la plus explicite, peut-être :

Marie de l’Incarnation (17ème siècle, ursuline) : “J’étais toute fondue et dissoute en lui, et lui en moi. C’était comme un mariage spirituel où l’âme est l’épouse et Dieu l’époux, et je ne trouve pas de mots pour dire l’intimité de cette union.”

“Fondue et dissoute.”

C’est du Cantique des Cantiques. C’est du pur érotique mystique. Et ces femmes, elles savaient. Elles utilisaient le seul langage à leur disposition pour dire l’indicible : le langage du corps.

Parce que quand t’as pas de mots pour l’extase, tu prends ceux que t’as. Et ceux que t’as, c’est ceux de l’amour humain.


Le Bernin : l’orgasme dans le marbre

(Je me lève, je fais deux pas, je reviens)

Alors Le Bernin, 1647. Il lit Thérèse. Il comprend que c’est pas métaphorique. Que Thérèse décrit une expérience physique. Et il fait quoi ?

Il sculpte ÇA.

(Je montre du doigt un souvenir, comme si t’avais la photo sous les yeux)

Thérèse est renversée, pas debout. Sa tête est inclinée, sa bouche entrouverte, ses yeux presque fermés. Le drapé est fou, chiffonné, en mouvement, comme si tout son corps était parcouru de spasmes. L’ange est debout, calme, détaché presque, avec sa flèche à la main.

Et la lumière.

Putain, la lumière.

Le Bernin a caché une source de lumière derrière un vitrail jaune, invisible depuis la chapelle. Mais les rayons descendent sur Thérèse comme… comme des langues de feu. Comme la flèche. Comme la grâce.

C’est pas une sculpture pieuse. C’est un orgasme. Et c’est ça le génie.

Parce que Le Bernin dit : l’extase mystique, ça ressemble à ça. À ce moment où on perd le contrôle, où on est traversé, où on crie sans savoir pourquoi. Et si ça ressemble à ça, c’est peut-être que c’est ÇA.


Pourquoi on a séparé mystique et orgasme

(Je reprends mon café, il est froid. Tant pis.)

Parce que ça fait peur.

Une femme qui jouit, c’est une femme qui lâche prise. Et une femme qui lâche prise, c’est une femme qu’on contrôle pas. Et l’institution, qu’elle soit religieuse ou laïque, elle aime pas ce qu’elle contrôle pas.

Alors on a fait des catégories :

  • L’extase mystique = c’est propre, c’est saint, c’est autorisé
  • L’orgasme = c’est sale, c’est charnel, c’est péché

Mais Thérèse, elle, elle fait pas la différence. Pour elle, l’union avec Dieu, ça passe par le corps. Parce que le corps, c’est pas l’ennemi de l’âme. C’est son véhicule.

Je repense à une discussion avec une copine thérapeute.

Elle m’a raconté des séances avec des femmes qui viennent de milieux religieux stricts. Certaines n’ont jamais osé se toucher. D’autres se touchent en cachette avec une culpabilité énorme. Et à un moment, elle leur propose un truc simple : poser la main sur leur ventre, fermer les yeux, et imaginer que cette main est celle de Dieu.

Qui les aime. Qui les bénit. Qui les ACCUEILLE telles qu’elles sont.

Elle dit que certaines pleurent pendant vingt minutes. Parce que personne, jamais, ne leur a dit que leur corps pouvait être aimé par Dieu.


Alors aujourd’hui, on fait quoi ?

(Je regarde l’écran, je soupire)

Aujourd’hui, on a des outils.

Des vibromasseurs. Des wands. Des œufs en cristal. Des objets connectés qu’on peut faire vibrer à distance.

Et on a le droit de les utiliser. Personne nous brûle. Personne nous excommunie (enfin, si, peut-être, mais c’est plus la mode).

Donc la question, c’est : est-ce qu’on peut utiliser ces outils pour vivre notre propre extase mystique ?

J’ai un pote, il appelle ça “la méditation vibratoire”. Il s’assoit, il allume son wand sur une fréquence basse, il le pose sur son cœur d’abord, puis sur son ventre, puis plus bas. Et il respire. Il accueille. Il dit que certaines fois, il se sent traversé par quelque chose de plus grand que lui.

C’est pas du blasphème. C’est de l’incarnation.

C’est prendre au sérieux ce que Thérèse disait : que Dieu peut nous toucher PAR le corps, pas seulement malgré lui.


Témoignage (parce que j’en ai un, et il est beau)

(Je retrouve le message dans mes notes)

Une lectrice, y a quelques mois. Elle s’appelle Claire, la quarantaine, elle a grandi dans une famille catho tradi. Elle écrit :

“La première fois que j’ai utilisé un vibro, j’avais 38 ans. Je l’ai acheté en cachette, je l’ai caché dans ma table de nuit, j’ai mis trois semaines avant d’oser. Et la première fois que j’ai joui avec… j’ai pensé à Thérèse d’Avila. Je me suis dit : ‘Putain, elle a vécu ça sans vibro, elle.’ Et j’ai eu une espèce de compassion énorme pour toutes ces femmes qui ont cherché Dieu dans leur corps sans avoir les mots, sans avoir le droit, sans avoir d’outils.

Maintenant, avant de l’utiliser, je fais une petite prière. Je dis : ‘Voilà, je suis là, avec mon corps, avec mon désir. Si t’es là, Dieu, tant mieux. Si t’es pas là, tant pis. Mais je refuse de croire que mon plaisir te dérange.'”

Claire a 42 ans maintenant. Elle dit que sa vie sexuelle a changé depuis qu’elle a arrêté de séparer le sacré et le charnel. Elle dit que parfois, en faisant l’amour avec son mari, elle a des moments où elle se sent… traversée. Comme si plus grand qu’elle passait à travers eux deux.

Elle appelle ça “la grâce”.


Donc le culte de l’extase

(Je repose mon carnet, je te regarde)

Le culte de l’extase, c’est pas un truc du passé.

C’est pas juste Thérèse et Le Bernin et les vieilles pierres.

C’est MAINTENANT.

C’est chaque fois qu’une femme ose allumer son vibro sans culpabilité.
C’est chaque fois qu’un homme laisse son corps vibrer sans honte.
C’est chaque fois qu’on arrête de contrôler pour laisser l’énergie passer.

Les mystiques, elles cherchaient l’union avec Dieu.
Nous, on cherche quoi ?

Peut-être la même chose. Juste avec d’autres outils.

Parce que l’extase, c’est pas une question de mots. C’est une question de VÉCU.
Et le vécu, il passe par le corps. Toujours.

Alors va. Vibre. Jouis. Prie si tu veux. Prie pas si tu veux pas. Mais arrête de croire que ton plaisir est moins sacré que le silence d’un cloître.

Parce que Thérèse, elle te le dirait si elle pouvait : la flèche de l’ange, c’est pas une métaphore. C’est une expérience.

Et elle est à ta portée.


Amen. AOM. Et que la vibration soit avec toi.

5 Comments

  1. Sœur Ginette

    Enfin un article qui ose dire ce que je pense depuis que j’ai vu cette sculpture ! J’étais à Rome l’an dernier, je suis entrée dans cette chapelle sans savoir, et je suis restée bouche bée devant cette femme renversée, la bouche entrouverte… J’ai cru que j’allais m’évanouir. Mon mari me demandait pourquoi j’avais les joues rouges en sortant. J’ai pas osé lui dire que je venais de voir un orgasme en marbre dans une église !

  2. Sœur Marie-Thérèse

    Oh la la, vous me donnez envie d’aller à Rome ! Moi ce qui me fascine dans l’article, c’est Thérèse d’Avila qui décrit la flèche qui lui perce les entrailles… ‘La douleur si douce que je n’avais aucun désir qu’elle cessât’. Mais c’est exactement ça un orgasme ! Pourquoi on a mis des siècles à dire que c’était pareil ?

  3. Sœur Rosalie

    Vous savez ce qui me frappe ? C’est que dans l’article ils parlent du Cantique des Cantiques aussi, et c’est dans la Bible ! Un poème érotique, carrément. Et on nous a fait croire que c’était une allégorie. Mais si on lit le texte sans les lunettes de la pudeur, c’est deux amants qui se désirent. Y a pas à tortiller.

  4. Sœur Camembert

    Rosalie, t’as raison ! Et moi ce qui me tue, c’est que Thérèse a été canonisée, elle est docteur de l’Église, et elle a passé sa vie à décrire des extases qui ressemblent à des orgasmes. Mais personne n’a voulu voir. C’est comme si l’Église avait préféré faire semblant de pas comprendre. Alors que c’était sous leur nez, en marbre, dans une de leurs propres églises !

  5. Sœur Ginette

    Georgette vous m’avez fait rire ! Mais je pense que Thérèse aurait adoré un bon wand. Elle aurait écrit un traité entier sur les fréquences et l’extase. En tout cas, cet article m’a donné envie de relire ses textes. Et de retourner à Rome. Mais cette fois, j’irai seule, question de ne pas avoir à rougir devant mon mari !

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