La Madeleine et le Gode : Réhabiliter la Sexualité Féminine dans l’Histoire Sacrée

La Madeleine et le Gode : Réhabiliter la Sexualité Féminine dans l’Histoire Sacrée

Parce que le plaisir n’a jamais été un péché, sauf pour ceux qui voulaient nous garder à genoux


D’abord, une histoire qui m’a foutu par terre

Y a trois ans, je reçois un message. Une femme, la cinquantaine, catholique pratiquante. Elle vient d’acheter son premier vibromasseur. Un truc tout bête, un petit bullet discret.

Elle me dit : “Je l’ai utilisé pour la première fois hier soir. Et après, j’ai pleuré. Pas de honte. Pas de culpabilité. J’ai pleuré parce que pour la première fois de ma vie, j’ai compris que Dieu pouvait vouloir mon plaisir.”

J’ai reposé mon téléphone. J’ai regardé le plafond pendant cinq minutes.

Parce que cette femme, elle venait de toucher le cœur du problème : on nous a appris que la spiritualité et le plaisir féminin étaient ennemis. Que pour être sainte, fallait être sèche. Que Marie était vierge, que Madeleine était pécheresse, et que les deux ne se mélangeaient pas.

Mais si on lisait les textes autrement ? Si on arrêtait de lire avec nos lunettes de culpabilité pour lire avec nos corps ?


Marie-Madeleine : de la “pécheresse” à l’apôtre des apôtres

(Je marque un temps, je feuillette mes notes)

Alors déjà, premier truc qui tue : NULLE PART dans les évangiles on dit que Marie-Madeleine était une prostituée.

Zéro. Nada. Rien.

Cette histoire, elle arrive en 591, quand le pape Grégoire le Grand fait un mix de plusieurs femmes en une seule. Il prend Marie de Béthanie (celle qui oint les pieds de Jésus), la pécheresse anonyme de Luc, et Marie-Madeleine, et il dit “c’est la même, et c’est une putain”.

Pourquoi ? Parce que une femme qui suit Jésus de trop près, une femme qui est présentée comme la première témoin de la résurrection, une femme qui est appelée “l’apôtre des apôtres” dans certaines traditions… fallait la remettre à sa place. Et quelle meilleure place que celle de la “pécheresse repentie” ?

Mais regardons ce qui est DIT.

Dans Luc (8, 2), on apprend que Jésus a chassé sept démons de Marie-Madeleine.

Sept démons.

Dans le langage symbolique de l’époque, les démons, c’est pas forcément le mal. C’est des forces, des blocages, des trucs qui possèdent. Et sept, c’est le chiffre de la plénitude. La totalité.

Alors imagine : cette femme, elle avait tellement de forces en elle, tellement d’énergie, tellement de VIE, que ça a été interprété comme une possession. Et Jésus, au lieu de l’éloigner, il la libère. Il lui permet d’être PLEINEMENT elle-même.

Et qu’est-ce qu’elle fait après ? Elle le suit. Elle le finance avec d’autres femmes. Elle est là à la croix quand tous les mecs ont fui. Elle est la première à qui il apparaît après sa mort. Elle est la première à annoncer la résurrection.

Mais l’histoire officielle retient : “c’était une pute”.

(Je serre un peu trop fort mon stylo)


Le Cantique des Cantiques : le texte le plus chaud de la Bible qu’on lit à voix basse

Tu veux du lourd ? Lis le Cantique des Cantiques.

Pas la version édulcorée qu’on lit aux mariages. La VRAIE.

“Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! Car ton amour est meilleur que le vin.”

“Tes deux seins sont comme deux faons, comme les jumeaux d’une gazelle.”

“Mon bien-aimé est pour moi un sachet de myrrhe, qui repose entre mes seins.”

“Il m’a introduite dans la salle du festin, et sa bannière sur moi, c’est l’amour.”

(Et je te passe les passages sur la “source scellée” et le “jardin clos” qui sont… comment dire… pas que métaphoriques.)

C’est un poème érotique. PUR. Deux amants qui se désirent, qui se cherchent, qui se célèbrent.

Et c’est dans la BIBLE. Dans le canon. Dans le texte sacré.

Les rabbins, ils ont longtemps débattu pour savoir s’il fallait l’inclure. Et un grand rabbin a dit : “Tout le Cantique des Cantiques est le plus saint des saints. Si toute l’Écriture est sainte, le Cantique des Cantiques est le saint des saints.”

Le plus saint des saints… c’est un poème érotique.

Alors comment on a fait pour transformer ça en allégorie de l’amour de Dieu pour Israël ou du Christ pour l’Église ? Parce que c’était trop gênant. Parce que le désir féminin exprimé aussi crûment, ça faisait peur. Parce que la femme qui dit “je cherche celui que mon cœur aime, je l’ai cherché, je ne l’ai pas trouvé” et qui part dans les rues la nuit à sa recherche… cette femme-là, elle est trop libre.


Les femmes des évangiles apocryphes : celles qu’on a effacées

Là, je vais sortir un truc que peu de gens savent.

Dans l’Évangile de Philippe (un texte du IIe siècle, pas retenu dans le canon), on parle de Madeleine d’une façon… différente.

“La compagne du Christ est Marie-Madeleine. Le Christ l’aimait plus que tous les disciples et l’embrassait souvent sur la bouche.”

Sur la BOUCHE.

Pas sur le front. Pas sur la joue. Sur la bouche.

Et les autres disciples sont jaloux. Ils disent à Jésus : “Pourquoi tu l’aimes plus que nous ?”

Et Jésus répond un truc qui a fait grincer des dents pendant des siècles.

Dans l’Évangile de Marie (oui, il y a un évangile attribué à Marie-Madeleine elle-même), Pierre dit : “Est-ce que Jésus a vraiment parlé à une femme à l’insu de nous ?” Et Lévi répond : “Si le Sauveur l’a rendue digne, qui es-tu pour la rejeter ?”

Ça veut dire quoi, tout ça ?

Ça veut dire que dans les premiers temps du christianisme, y avait une place pour le féminin sacré. Une place pour la relation amoureuse comme chemin spirituel. Une place pour le corps et pour le désir.

Et puis ça a été effacé. Repoussé. Caché.

Parce que une femme qui sait ce qu’elle veut, qui exprime son désir, qui est l’égale des hommes dans la transmission du savoir sacré… c’est trop dangereux.


La “désexualisation” comme stratégie de contrôle

(Je me lève, je marche un peu, je reviens)

Regarde le pattern :

  • Madeleine devient pute pour qu’on oublie qu’elle était disciple
  • Les femmes du Cantique deviennent des allégories pour qu’on oublie qu’elles désirent
  • Les vierges martyres deviennent des modèles pour qu’on oublie que les femmes ont un corps
  • Marie elle-même devient mère vierge pour qu’on oublie qu’elle a enfanté dans la douleur et le sang

À chaque fois, on enlève le sexe. On enlève le corps. On enlève le désir.

Pourquoi ? Parce que une femme qui connaît son plaisir, qui sait ce qui la fait vibrer, qui explore son corps sans honte… cette femme-là, elle est INCONTRÔLABLE.

Le contrôle passe par la culpabilité. Par la honte. Par le “c’est mal”.

Et l’Église institution (pas la spiritualité, l’institution) a passé des siècles à verrouiller ça.

Une petite histoire persane (je l’ai lue dans un bouquin d’Annie Leclerc, je crois) : on demandait à une sage pourquoi les hommes ont peur du plaisir des femmes. Elle a répondu : “Parce que quand une femme sait ce qui la fait jouir, elle sait qui elle est. Et quand elle sait qui elle est, elle ne peut plus être possédée.”

Voilà.


Le vibromasseur comme acte de réhabilitation spirituelle

Alors maintenant, on arrive à aujourd’hui. À nous. À ce blog.

Quand une femme achète son premier sextoy, qu’est-ce qu’elle fait concrètement ?

Elle dit : “Mon plaisir compte.”
Elle dit : “Mon corps m’appartient.”
Elle dit : “Je ne suis pas sale de vouloir ça.”

C’est un acte politique, oui. Mais c’est aussi, à mon sens, un acte SPIRITUEL.

Parce que la spiritualité, c’est retrouver son intégrité. C’est réconcilier ce qui a été séparé. C’est redevenir UNE.

Et quoi de plus séparé, dans notre culture, que le spirituel et le sexuel ?

Le vibromasseur devient alors un outil de réunification.

J’ai une amie, thérapeute, qui travaille avec des femmes ayant subi des violences religieuses (couvent, éducation ultra-catholique, tout ça). Elle leur fait faire un exercice : prendre un petit vibro, l’allumer, et le poser simplement sur leur cœur. Pas sur le sexe. Sur le cœur.

Elle dit que certaines pleurent pendant dix minutes avant de pouvoir descendre plus bas. Parce que le corps se souvient. Parce que la vibration dit “je suis là, je suis vivante, j’ai le droit”.

Le sextoy comme sacramentel.

Un sacramentel, dans la tradition catho, c’est un objet qui prépare à recevoir la grâce. L’eau bénite. Le chapelet. La médaille miraculeuse.

Et si le vibro était un sacramentel moderne ? Un objet qui prépare le corps à recevoir le sacré ? Qui ouvre le chemin ?

(Je vois déjà les yeux ronds de certains. Tant pis.)


Les femmes du Cantique auraient adoré le jouets Lovense

Franchement, imagine.

La femme du Cantique qui dit “je te cherche, je ne te trouve pas” avec son vibro connecté que son amant contrôle à distance pendant qu’elle est au bureau.

La Sulamite qui explore son corps avec un œuf de jade en murmurant des versets d’amour.

Marie-Madeleine qui utilise un wand sur son ventre pour libérer les sept démons (les sept blocages, les sept peurs, les sept couches de culpabilité).

C’est pas irrévérencieux. C’est CONTINUER l’histoire. C’est reprendre le fil là où il a été coupé.

Le Cantique des Cantiques, chapitre 8, verset 6 :

“Mets-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras. Car l’amour est fort comme la mort.”

L’amour est fort comme la mort.

Et la vibration, elle est forte comme la vie. Parce qu’elle rappelle qu’on est vivant. Qu’on est chair. Qu’on est désir. Qu’on est sacré.


Témoignage : “La première fois que j’ai joui sans culpabilité”

(Je regarde mes notes, je retrouve ce message que j’ai gardé précieusement)

Une lectrice, y a six mois. Elle a 62 ans. Elle me raconte :

“J’ai grandi dans les années 60, dans une famille traditionaliste. Pour ma mère, le sexe c’était ‘ce qu’on supporte pour avoir des enfants’. Pour le curé, c’était ‘ce qu’on confesse après’. J’ai eu trois enfants, j’ai fait mon devoir, et puis plus rien. Mon mari est mort y a cinq ans. Je me suis dit que ma vie sexuelle était finie.

L’année dernière, ma fille m’a offert un petit vibro. J’ai mis trois mois à l’ouvrir. Et puis un soir, toute seule, j’ai essayé. Pas sur le sexe direct. D’abord sur le ventre. Puis sur l’intérieur des cuisses.

Quand j’ai enfin osé… j’ai pas juste joui. J’ai PLEURÉ. Parce que j’ai compris que tout ce temps, toute ma vie, on m’avait volé quelque chose. On m’avait dit que c’était sale. Et c’était pas sale. C’était sacré.

Maintenant, avant de l’utiliser, je fais une petite prière. Je dis merci. Merci d’avoir un corps. Merci d’être vivante. Merci de pouvoir ressentir ça sans honte.”

Elle a 62 ans. Elle a découvert le sacré dans son corps grâce à un bout de silicone qui vibre.

Tu trouves pas que c’est ça, la grâce ?


Donc la Madeleine et le gode

Le titre de cet article, il est provoc’. Je sais.

Mais c’est pour ça que je l’ai choisi.

Parce que Madeleine, c’est celle qu’on a salie pour mieux la contrôler.
Et le gode, c’est ce qu’on a sali pour mieux le cacher.

Les mettre ensemble, c’est réhabiliter les deux. C’est dire que le désir féminin n’est pas une tache dans l’histoire sacrée, mais un FIL conducteur qu’on a effacé.

Marie-Madeleine, si elle vivait aujourd’hui :

  • Elle aurait un tiroir plein de jouets soigneusement choisis
  • Elle écrirait des poèmes érotiques sur son amour pour le divin
  • Elle dirait aux femmes que leur corps est temple, pas prison
  • Elle prendrait la parole dans les églises pour rappeler que Jésus ne repoussait personne, surtout pas les femmes qui savaient aimer

La femme du Cantique, si elle vivait aujourd’hui :

  • Elle utiliserait un wand pour méditer
  • Elle connaîtrait les vertus des pierres sur son yoni
  • Elle célébrerait chaque orgasme comme une prière
  • Elle ne laisserait PERSONNE lui dire que son désir est moins saint que le silence

Et nous, dans tout ça ?

(Je repose mon carnet, je te regarde, Cherchant)

Toi qui lis ces lignes, que tu sois femme, homme, autre, peu importe.

La question que je te pose, c’est : où est-ce qu’on t’a appris que ton plaisir faisait honte ?

Parce que c’est appris. C’est pas inné. Un bébé qui touche son sexe, il a pas honte. Il explore. C’est nous, les adultes, avec nos yeux malades, qui disons “enlève tes mains de là”.

Alors peut-être que le chemin spirituel, aujourd’hui, pour beaucoup d’entre nous, c’est de réapprendre à toucher sans honte. À vibrer sans culpabilité. À jouir comme on prie : les yeux fermés, le cœur ouvert, le corps offert.

Madeleine est devenue sainte parce qu’elle a aimé. Pas malgré son amour, mais PAR son amour.

Alors va. Aime. Avec ou sans outil. Avec ou sans pierre. Avec ou sans permission.

Et si t’as besoin d’un petit coup de pouce pour réhabiliter ton histoire sacrée… ben tu sais où trouver de bons vibros.


Amen. AOM. Et que la vibration soit avec toi.

7 Comments

  1. Sœur Marie-Thérèse

    Ah ben voilà un article qui fait du bien ! “La Madeleine et le Gode”, rien que le titre c’est une bénédiction. Cette femme de 50 ans qui ose enfin, ma pauvre fille, je l’aurais prise dans mes bras. Moi aussi j’ai attendu longtemps avant de me dire que le Bon Dieu m’avait pas mis cette petite chose entre les jambes pour rien.

  2. Sœur Cunégonde

    Ce que j’aime, c’est qu’elle dit clairement que le plaisir n’a jamais été un péché. Oh la coquine, celle qui écrit cet article ! Mais elle a raison. On nous a fait croire qu’être une bonne femme catholique, c’était fermer les yeux et penser à la lessive. Et maintenant, une dame de 50 ans achète son petit bullet discret et elle se réveille. Ça me donne envie de dire Amen, mais pas à genoux pour une fois.

  3. Sœur Philomène

    Bon les filles, on peut pas finir sans parler de cette fameuse fin de phrase. “Et après, j’ai…” Moi je parie qu’elle a appelé sa fille pour lui dire. Ou alors elle a éteint la lumière et elle a souri toute seule dans le noir en se disant que le Bon Dieu, finalement, il a de bonnes idées quand il veut. Ma pauvre fille, si tu nous lis, finis ta phrase ! On est toutes avec toi, et nos bullet aussi.

  4. Sœur Bernadette

    Un petit bullet discret, vous avez vu ça ? Moi j’ai commencé avec un truc qui faisait un bruit de tracteur. Je cachais ça dans ma commode entre les chapelets et les cierges, au cas où une âme charitable viendrait fouiller. Si jamais quelqu’un sait quelle marque elle a pris, je veux le nom. Parce que le silence, c’est aussi une forme de discrétion que le Seigneur apprécie, je pense.

  5. Sœur Bertille

    Angèle, tu nous tues ! Mais c’est vrai ça. Ce que j’aimerais savoir, c’est comment elle a fait pour oser l’acheter. Parce que moi la première fois, je suis restée dix minutes devant la vitrine du sex-shop à faire semblant de regarder les horaires de bus. Heureusement que la vendeuse m’a dit “ma sœur, rentrez, Dieu ne vous voit pas, c’est moi qui fais la caisse”. Depuis, j’y vais comme à la messe : régulièrement et avec le sourire.

  6. Sœur Rosalie

    Ce qui me fout par terre moi, c’est qu’elle a attendu la cinquantaine. La cinquantaine ! Alors que nous, à l’époque, on se cachait pour lire des romans d’amour. Mais je la comprends tellement. Après mon premier vibro, je me suis dit : “Mais pourquoi personne ne m’a dit ?” Maintenant je le dis à toutes mes copines : le paradis, il est pas forcément après la mort, il est parfois dans un tiroir avec des piles.

  7. Sœur Angèle

    Vous avez remarqué comme elle dit “catholique pratiquante” ? Parce que c’est important. On peut être à l’église le dimanche et avoir un petit ami en silicone le lundi. Les deux ne s’opposent pas, c’est ça le message. D’ailleurs moi je me suis fait une petite routine : je dis un Je vous salue Marie, je mets mon bullet en route, et je me dis que la Sainte Vierge elle comprend, elle en a bien bavé aussi.

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