Le Dildo Jésus : Blasphème ou Nouvelle Incarnation du Sacré ?

Le Dildo Jésus : Blasphème ou Nouvelle Incarnation du Sacré ?

Quand l’impression 3D rencontre la théologie la plus littérale


D’abord, une confession

(Je frotte mes yeux)

Je pensais avoir tout vu sur ce projet. Vraiment. On a parlé de Madeleine et du gode. De Dieu vibromasseur. De Thérèse en extase marbrée. Je me disais “voilà, on a touché le fond et le sommet, on peut redescendre”.

Et puis toi, Cherchant, tu débarques avec le Dildo Jésus en impression 3D.

J’ai ri. Puis j’ai réfléchi. Puis j’ai ri encore. Et maintenant, j’écris.

Parce que le truc, c’est que… c’est pas juste une blague. C’est peut-être même le point d’orgue logique de tout ce qu’on explore.

L’incarnation. Le verbe qui se fait chair. Littéralement.


Ce qui existe déjà (oui, ça existe)

(Je lance une recherche rapide dans ma tête et sur mes notes)

Alors déjà, faut savoir que c’est pas une idée originale. Y a des artistes, des créateurs, des gens avec trop de temps libre et une imprimante 3D, qui ont déjà exploré ce terrain.

Quelques exemples que j’ai trouvés :

  • Des “Jesus Dildo” sur des plateformes comme Etsy (retirés assez vite, généralement)
  • Une œuvre d’art intitulée “Corpus Christi” (jeu de mots sur le corps du Christ, évidemment)
  • Des créations plus underground sur des forums de makers un peu barrés
  • Et bien sûr, tout le filon des “sextoys religieux” qui existe depuis que l’homme sait sculpter

Les matériaux utilisés :

  • PLA classique (couleur chair, ou blanc pour le côté “marbre”)
  • Résine pour plus de détails (les stigmates, on est dans le détail)
  • Filament bois pour un côté “crucifix rustique”

Les designs :

Y a deux écoles :

  1. Le réalisme : on prend un Jesus classique, on coupe à peu près à la bonne hauteur, et on prie pour que ça passe
  2. Le symbolique : des formes abstraites qui évoquent (croix, couronne d’épines transformée en texture, poisson devenu… autre chose)

Pourquoi quelqu’un ferait ça ?

(Je pose mon carnet, je suis sérieux deux secondes)

Question légitime. On peut rire, on peut être choqué, on peut fermer l’onglet en secouant la tête. Mais posons-la vraiment.

1. La provocation artistique

Certains artistes utilisent le choc pour questionner le rapport au sacré. Le Dildo Jésus, c’est une manière de demander : “pourquoi le corps du Christ serait-il vénérable seulement jusqu’à la ceinture ?” Si l’incarnation est totale, elle l’est AUSSI là.

2. Le kitsch assumé

Y a tout un courant de “religious kitsch” qui joue avec les symboles sans méchanceté. Des vierges en néon, des crucifix en peluche, des hosties en sucre. Le Dildo Jésus, c’est peut-être juste la version ultime de ce rapport décomplexé aux icônes.

3. La réappropriation du sacré par le corps

On en a parlé avec Madeleine, avec Thérèse. Pendant des siècles, on a séparé le spirituel du charnel. Mettre un objet qui représente le divin LÀ, c’est une manière de dire : “mon corps aussi est digne de recevoir le sacré”.

4. L’humour, tout simplement

Parce que rire du sacré, c’est aussi une façon de le rendre moins effrayant. Moins lointain. Plus humain.


Le problème technique (parce que je suis un expert, tu te souviens)

(Je sors mes notes d’impression 3D)

Si vraiment on veut imprimer un Dildo Jésus, faut pas le faire n’importe comment.

Le filament :

  • PLA standard : biodégradable, mais pas terrible pour un usage interne (poreux, difficile à nettoyer)
  • PETG : mieux, plus résistant, plus facile à stériliser
  • Résine : le top pour les détails, mais faut une imprimante résine et un traitement UV, et la résine doit être “skin safe” (la plupart ne le sont pas)
  • Silicone : c’est le matériau idéal pour un sextoy, mais l’impression 3D silicone est encore très compliquée et chère

La sécurité :

L’impression 3D classique crée des micro-aspérités. Des recoins où les bactéries se cachent. Donc un objet imprimé en PLA/PETG, c’est pas recommandé pour un usage interne sans un traitement de surface (résine alimentaire, ponçage intensif, plusieurs couches de vernis de protection).

Les détails à gérer :

  • La couronne d’épines : texture intéressante mais faut pas que ça blesse
  • Les stigmates : des petits creux qui peuvent devenir des nids à bactéries
  • Le pagne : est-ce qu’on le garde ou pas ? Question théologique ET pratique

Témoignage (oui, j’ai trouvé quelqu’un)

(Je retrouve un message vieux de deux ans sur un forum)

Un utilisateur, pseudo “HolyMaker”, racontait son projet :

“J’ai imprimé un Jesus en PLA blanc, taille 15cm. Je l’ai poncé pendant des heures, recouvert de résine epoxy alimentaire, reponçé. Le résultat était… troublant. Le toucher était doux, presque tiède. Je l’ai posé sur mon autel (oui, j’ai un autel) et je l’ai regardé longtemps.

La première fois que je l’ai utilisé, j’ai pleuré. Pas de honte. Pas de plaisir spécial. Juste… je sais pas. Un truc qui s’ouvrait. Comme si toute ma culpabilité catholique rencontrait enfin mon corps.

Maintenant, je l’utilise pas souvent. Mais il est là. Il me rappelle que le sacré peut être partout. Même là.”

Voilà.


Et la religion dans tout ça ?

(Je prends une grande inspiration)

Ce que dirait l’Église officielle :

Blasphème. Profanation. À ranger dans la catégorie “les gens ont trop de temps libre et pas assez de morale”.

Ce que dirait un théologien un peu ouvert :

La question de l’incarnation est centrale. Si Dieu s’est fait chair, quelle chair ? Jusqu’où ? Le corps du Christ est-il vénérable seulement dans sa globalité ou dans chacune de ses parties ? (Là, généralement, le théologien s’arrête parce que la question est gênante.)

Ce que dirait un mystique :

Si tout est sacré, alors tout EST sacré. Moi. Toi. Ce stylo. Ce Dildo Jésus. La frontière est dans notre regard, pas dans les objets.

Ce que je pense, moi :

Je sais pas. Vraiment.
Une partie de moi trouve ça absurde et un peu vulgaire.
Une autre partie se souvient que les premiers chrétiens étaient accusés de cannibalisme (manger le corps du Christ, quand même). Que le sacré a toujours dérangé. Que le corps a toujours gêné.

Alors peut-être que le Dildo Jésus, c’est juste la version 2026 de la même gêne.


Le guide pratique (si vraiment tu veux)

(Je redeviens sérieux, parce que la sécurité c’est important)

Si tu veux explorer ça, voilà comment faire sans te blesser (physiquement ou spirituellement) :

Étape 1 : Trouver le modèle 3D

  • Thingiverse, Cults3D, MyMiniFactory : cherche “Jesus”, “Christ”, “religious figure”
  • Vérifie les proportions et la taille avant d’imprimer
  • Assure-toi que le modèle n’a pas d’angles trop agressifs

Étape 2 : Choisir le bon matériau

  • Pour un usage réel : résine “skin safe” (cherche “dental resin” ou “biocompatible resin”) et une imprimante résine
  • Pour un usage décoratif / rituel (pas d’insertion) : PLA ou PETG, ça va

Étape 3 : Le post-traitement (crucial)

  • Ponçage fin (grain 400, 600, 1000)
  • Application d’un vernis de protection alimentaire ou d’une résine de scellement
  • Plusieurs couches, ponçage entre chaque

Étape 4 : La purification

(Je sors notre rituel des Bénédictines)

  • Purification (fumée, eau)
  • Onction (huile, avec ou sans HE)
  • Bénédiction (parole d’intention)

Étape 5 : L’usage

  • Avec conscience, pas avec précipitation
  • En se demandant ce qu’on cherche
  • En acceptant que ça peut faire rire, pleurer, ou les deux

La question que tu te poses probablement

(Je regarde l’écran, je souris)

“Est-ce que je vais en enfer pour ça ?”

Déjà, l’enfer, c’est une invention pour faire peur aux enfants et contrôler les adultes. Ensuite, si enfer il y a, il est probablement plein de gens bien plus intéressants que le paradis.

Mais pour répondre sérieusement :
Si tu le fais par provocation gratuite, par méchanceté, pour blesser des croyants… peut-être que le problème est pas l’objet, c’est toi.
Si tu le fais par exploration sincère, par questionnement, par désir de réconcilier des parts de toi que la religion a séparées… ben c’est ton chemin.

Comme tout objet, c’est l’intention qui compte.


Pour finir (parce que je sais pas quoi dire de plus)

(Je repose mon carnet)

Le Dildo Jésus en impression 3D.
C’est absurde.
C’est provocant.
C’est peut-être génial.
C’est peut-être nul.
C’est sûrement un peu des deux.

Mais au moins, ça pose la question : jusqu’où va le sacré ?
Et si la réponse est “partout”, alors… ben voilà. Partout.

Alors imprime-le si tu veux. Bénis-le. Utilise-le si ça te parle. Ou range-le sur une étagère pour faire causer.

Mais quoi que tu fasses, fais-le avec conscience.
Parce que c’est ça, la seule règle qui compte.


Amen. AOM. Et que ton imprimante 3D n’en tombe pas en panne.

5 Comments

  1. Sœur Ginette

    Enfin un article qui ose en parler ! Moi je dis, si Dieu nous a fait un corps, ce n’est pas pour le mettre sous cloche, ma pauvre fille !

  2. Sœur Camembert

    Ginette, tu as toujours eu la langue bien pendue sur ces sujets ! Souviens-toi de ta jeunesse en Normandie… 😉 Mais je plussoie : cette guerre entre chair et esprit, c’est bien une invention des curés, pas de Dieu.

  3. Sœur Marie-Thérèse

    Je me demande quel est ce ‘produit’ dont ils parlent dans l’extrait ? Une thérapie ? Un livre de chevet ? Si ça peut réconcilier les ‘spirituels’ avec la danse du ventre, je suis preneuse !

  4. Sœur Bertille

    Marie-Thérèse, je pense que c’est une métaphore. Mais ça me rappelle ma cousine Angèle, qui a quitté son couvent pour se marier. Elle disait : ‘J’ai enfin compris que prier Dieu et aimer un homme, c’était le même élan du cœur.’

  5. Sœur Clotilde

    Pendant ce temps, mon mari (que Dieu le garde) disait : ‘La spiritualité, c’est comme le bon vin : ça donne des ailes, mais faut pas oublier de trinquer avec son voisin !’ Les mecs, toujours à tout mélanger…

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