Le Jeûne Sexuel : Pourquoi et Comment s’en Priver pour Mieux se Retrouver ?

Le Jeûne Sexuel : Pourquoi et Comment s’en Priver pour Mieux se Retrouver ?

Je vais te dire un truc qui va peut-être te choquer : je pense que notre époque souffre moins d’un manque de sexualité que d’une incontinence sexuelle. On baise comme on mange fast-food : vite, mal, sans goût, pour combler un vide qu’on ne veut pas regarder en face. On est devenus des boulimiques du désir.

Alors le jeûne sexuel, c’est pas une punition. C’est pas un retour au puritanisme. C’est une diète. Une cure de désintoxication. Un arrêt sur image pour sortir de l’automatisme.

Dans toutes les traditions dont on a parlé – le Tantra, le Taoïsme, le Chamanisme – y a des périodes d’abstinence. Mais c’est jamais pour “rester pur”. C’est pour accumuler. C’est pour laisser l’énergie monter, gonfler, devenir tellement pressante qu’elle finit par ouvrir des portes qu’elle n’ouvre pas quand on la disperse tout le temps.

Pourquoi jeûner ? Les trois raisons qui tiennent la route

Bon, j’ai testé, j’ai vu des gens tester, j’ai accompagné des couples là-dedans. Y a trois motifs qui reviennent tout le temps, trois bonnes raisons qui ne sont pas des prétextes religieux déguisés.

1. La redécouverte de son propre désir

Tu sais quel est le grand luxe dans un couple installé ? C’est de pouvoir désirer l’autre sans avoir à le prendre tout de suite. Le jeûne sexuel temporaire, c’est ça. On continue de s’embrasser, de se toucher, de dormir nus l’un contre l’autre… mais on ne va pas jusqu’au bout. Et là, quelque chose de fou se produit : le désir change de nature.

Il devient moins génital, plus diffus, plus présent dans tout le corps. Chaque regard devient chargé. Chaque frôlement devient un événement. L’autre redevient un mystère, un territoire à explorer du regard avant de le fouler. C’est ce que les taoïstes appellent “faire l’amour sans faire l’amour” – et franchement, c’est plus érotique que bien des acrobaties.

2. La reconquête de son énergie personnelle

Y a des moments dans la vie où on a besoin de toute son énergie pour soi. Une période créative intense, un deuil, une transition professionnelle, une guérison… Et le sexe, même génial, même sacré, ça prend de l’énergie. Ça en donne aussi, bien sûr, mais ça en prend.

Le jeûne sexuel, c’est comme fermer tous les robinets pour que la pression monte dans un seul tuyau. Les artistes le savent, d’ailleurs. Combien de peintres, d’écrivains, de musiciens ont vécu des périodes d’abstinence pendant leurs grandes œuvres ? Ce n’est pas un hasard. L’énergie sexuelle, quand on ne l’exprime pas, elle cherche d’autres issues. Elle devient vision, création, force de vie qui s’investit ailleurs.

J’ai connu un sculpteur, un vrai, pas un amateur du dimanche. Il m’a raconté que pendant les deux ans de son chef-d’œuvre, il n’avait touché personne. “J’étais en permanence en érection devant la pierre”, qu’il disait. “Chaque coup de ciseau, c’était un acte d’amour.” C’est trash comme image, mais c’est juste.

3. La purification du lien dans le couple

Ça, c’est le plus contre-intuitif. On croit que pour sauver un couple qui va mal, il faut plus de sexe. Alors que souvent, c’est l’inverse. Quand le sexe est devenu un champ de bataille, un lieu de pouvoir, de chantage affectif, de performance ou d’évitement, s’arrêter peut être salvateur.

Le jeûne, ça pose un cadre : “Pendant un mois, on ne couche pas ensemble. On parle, on se touche, on dort ensemble, mais pas de rapport.” Et là, tout remonte à la surface. Les non-dits, les rancoeurs, les attentes. Tout ce qu’on cachait sous la couette. C’est violent, parfois. Mais c’est salutaire.

Comment jeûner ? Le mode d’emploi qu’on ne donne jamais

Alors, concrètement, on fait comment ? Parce que “je vais arrêter le sexe”, c’est vite dit, mais le corps, lui, il continue de réclamer.

D’abord, fixe une durée. Un jeûne sexuel, ça se décide, ça se programme, ça se termine. Une semaine, un mois, quarante jours si t’es un moine tibétain. Mais pas “jusqu’à ce que je me sente prêt” – ça, c’est la porte ouverte à toutes les lâchetés.

Ensuite, définis ce que tu inclus. Le jeûne, c’est pas “plus d’orgasme” ou “plus de pénétration” ? C’est quoi les limites ? Parce que si tu continues à te masturber en cachette, ça sert à rien. Si tu continues à faire des préliminaires qui s’arrêtent au bord du gouffre, c’est de la frustration, pas du jeûne. Sois clair.

Et surtout, trouve quoi faire de ton énergie. Le piège du jeûne sexuel, c’est de passer son temps à penser au sexe. “Je n’en ai pas, j’en veux, je n’en ai pas, j’en veux” – c’est l’enfer. L’idée, c’est de transmuter. Méditation, sport intense, création artistique, contact profond avec la nature. Le sexe est une force. Si tu fermes une porte, il faut en ouvrir une autre, sinon ça explose.

Les symptômes de manque (et comment les traverser)

Je vais pas te mentir, ça peut être dur. Surtout les dix premiers jours. Le corps râle. Le mental invente mille raisons pour que tu arrêtes. “C’est pas bon pour la santé”, “on n’est plus des gamins”, “la vie est courte”…

Y a des nuits où tu vas brûler. Où tu vas te réveiller avec une énergie tellurique qui te traverse sans savoir où aller. C’est là que le bât blesse, mais c’est là que le bât travaille aussi. Si tu tiens, cette énergie va commencer à se transformer. Tu vas te sentir plus vivant, plus présent, plus… entier. Comme si tu avais récupéré une partie de toi que tu avais dispersée.

Et puis, il y a les rêves. Ah, les rêves ! Pendant un jeûne sexuel, tes nuits deviennent un cinéma érotique permanent. Le subconscient se lâche. C’est troublant, parfois gênant, mais c’est une purification aussi. Le cerveau vide ses tiroirs.

La fin du jeûne : le retour comme une première fois

Et puis un jour, le jeûne s’arrête. Et là, attention. Parce que le premier rapport après une abstinence choisie, c’est pas “on se dépêche de rattraper le temps perdu”. C’est tout le contraire.

La première fois après un jeûne, c’est comme dépuceler à nouveau. On est gauche, ému, un peu paniqué. Le corps a oublié les gestes, ou plutôt, il les a désappris pour mieux les réapprendre. Chaque caresse est une découverte. Chaque seconde est une éternité.

J’ai accompagné un couple qui avait fait quarante jours sans pénétration. Le mari, un quadra hyper actif, plutôt du genre à “aller droit au but”. Il m’a dit après : “La première fois, j’ai pleuré en elle. Pas de tristesse, pas de joie non plus. Juste… de la présence. J’étais là, complètement là. Pour la première fois de ma vie sexuelle, j’étais vraiment là.”

C’est ça, le but du jeûne. Pas de se priver pour se priver. Mais de se priver pour être vraiment là quand on ne se prive plus.

Quand ne pas jeûner ?

Attention, hein, je te fais pas l’apologie de l’abstinence pour tout le monde, tout le temps. Y a des moments où ça n’a pas de sens :

  • Si tu es déjà dans une période de manque affectif, le jeûne peut devenir une auto-punition déguisée.
  • Si ton couple est en crise ouverte, le jeûne peut être une fuite, pas une purification.
  • Si tu utilises le jeûne pour contrôler l’autre (“on ne fait plus l’amour tant que tu n’as pas compris X ou Y”), c’est de la manipulation, pas de la spiritualité.

Le jeûne sexuel, c’est un outil. Pas une morale. Ça se fait à deux, ou seul si on est célibataire, mais toujours avec une intention claire. Sinon, c’est juste de la frustration déguisée en spiritualité.

Et toi, t’en penses quoi ?

Voilà. C’est un sujet qui fâche, j’en ai conscience. Parce qu’on a tellement été élevés dans l’idée que “faire l’amour, c’est bien, ne pas faire l’amour, c’est mal”, ou l’inverse selon les époques. Mais la sexualité sacrée, c’est justement de sortir de ces jugements binaires.

Le jeûne, c’est pas mieux que l’orgie. L’orgie, c’est pas mieux que le jeûne. C’est juste des outils différents pour explorer le même continent : celui de notre énergie vitale.

Alors, tenté ? Ou ça te parle pas du tout ?

4 Comments

  1. Sœur Bertille

    Ma pauvre fille, ‘incontinence sexuelle’ ! Mais elles ont des mots pour tout maintenant. Moi je croyais que l’incontinence c’était juste un problème de vieille qui rit trop fort en buvant son thé !

  2. Sœur Angèle

    Mes sœurs, vous avez tout compris. Moi je dis, le jeûne, on connaît. On le fait pour le Carême. Mais jeûner de ça ? Faudrait que Mère Supérieure nous donne une dispense spéciale, parce que c’est pas dans nos vœux, que je sache !

  3. Sœur Cunégonde

    Ma pauvre Angèle, t’as toujours une solution ! Mais ce qui me parle dans cet article, c’est l’idée de combler un vide. Des fois, je mange un éclair au chocolat sans même le goûter tellement je suis préoccupée. Alors je veux bien croire qu’on peut faire pareil avec… d’autres plaisirs.

  4. Sœur Simone

    Mes pauvres filles, vous êtes trop savantes pour moi. Moi je retiens que la boulimie c’est mauvais, que ce soit de nourriture ou d’autre chose. Mais dites donc, 40 jours sans rien, c’est long. Faudrait trouver des occupations. Le tricot, ça occupe les mains, non ?

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