Le Jeûne Sensuel et la Communion : Quand le Sexe Devient Prière

Le Jeûne Sensuel et la Communion : Quand le Sexe Devient Prière

Ou comment se priver pour mieux s’offrir


D’abord, une histoire qui m’a fait comprendre le truc

Y a deux ans, un pote me raconte son expérience. Lui et sa femme, ils décident de ne pas faire l’amour pendant 40 jours. Pas par punition. Pas parce que ça va mal. Juste pour voir.

Les premières semaines, il dit que c’était l’enfer. Il la regardait, il avait envie, il pouvait pas. Il s’est surpris à l’éviter parfois, parce que c’était trop dur.

Et puis vers le 25ème jour, quelque chose a changé.

Il la regardait différemment. Il voyait des détails qu’il avait oubliés. La manière dont elle tourne la tête, le bruit qu’elle fait en buvant son thé, la façon dont elle pose sa main sur son épaule en passant.

Le 41ème jour, ils ont fait l’amour.

Il m’a dit : “C’était pas du sexe. C’était une cérémonie. Chaque geste comptait. Chaque regard. On était présents comme jamais. J’ai pleuré à la fin. Pas de tristesse. De trop-plein.”

Voilà.

Le jeûne, c’est pas un vide. C’est un creux qui attend d’être rempli.


Jeûner, c’est pas ne pas désirer. C’est désirer AUTREMENT.

(Je sors mon carnet, je tourne les pages)

Dans les traditions, le jeûne alimentaire, on connaît. On arrête de manger pour :

  • Nettoyer le corps
  • Se rendre disponible
  • Préparer une fête

Le ramadan, par exemple. On jeûne du lever au coucher du soleil, et le soir, on mange. Et ce repas, il a un goût différent. Il est attendu. Il est mérité. Il est SACRÉ.

Pourquoi ça marcherait pas avec le sexe ?

Imagine : tu décides de t’abstenir pendant une semaine. Ou un mois. Ou 40 jours, comme mon pote.

Les premiers jours, c’est juste difficile. Ton corps réclame. Ton esprit divague. Tu vois des gens dans la rue et… bon, tu vois.

Puis au bout d’un moment, le désir change de nature.

Il devient moins pressant, plus diffus. Il se répand dans tout le corps au lieu de se concentrer au même endroit. Ta peau devient plus sensible. Ton regard plus doux. Tes mains plus curieuses.

C’est ça, le jeûne sensuel : transformer un besoin en attente sacrée.


Les traditions l’ont toujours su

Dans l’Inde ancienne, les textes tantriques parlent de retenir l’énergie sexuelle pour la faire monter le long de la colonne vertébrale. C’est pas de la frustration. C’est de l’ALCHIMIE.

Dans certaines pratiques amérindiennes, les guerriers s’abstenaient avant les cérémonies importantes. Pour être plus clairs. Plus réceptifs.

Dans le christianisme, y a le carême. 40 jours sans “certaines choses”. Officiellement, c’est viande et alcool. Mais dans les têtes, souvent, c’est aussi sexe.

Pourquoi 40 jours ?

Parce que c’est le temps qu’il faut pour que le corps oublie ses habitudes et que l’esprit prenne le relais.

Moïse, 40 jours sur la montagne.
Jésus, 40 jours dans le désert.
Le déluge, 40 jours.

C’est le temps de la transformation.


Et après le jeûne, la communion

(Je repose mon carnet)

Le mot “communion”, il est fort.

Pour les cathos, c’est recevoir le corps du Christ. Pour les amoureux, c’est se recevoir l’un l’autre. Pour nous, là, maintenant, c’est recevoir le plaisir comme on reçoit l’eucharistie : avec recueillement, avec gratitude, avec présence.

J’imagine un rituel.

Tu sors ton vibro (ou ton cristal, ou tes doigts, selon). Mais tu l’allumes pas tout de suite.

D’abord, tu crées l’espace. Bougie. Encens peut-être. Tu poses l’objet devant toi. Tu le regardes. Tu le respires. Tu lui parles, même, si t’en as envie.

Ensuite, tu prépares ton corps. Douche. Huile. Peau qui sent bon. Tu prends le temps de toucher partout SAUF là où tu veux aller. Tu réveilles la peau.

Puis tu prends l’objet. Tu le sens dans ta main. Sa texture, son poids, sa température. Tu l’allumes, mais sur une intensité faible. Tu le promènes sur ton corps sans jamais toucher les zones érogènes directes.

Tu laisses monter. Tu respires. Tu attends.

Et quand tu ne peux PLUS attendre, quand tout ton corps est UNE SEULE attente, UN SEUL désir, alors tu y vas.

Mais pas comme d’habitude.

Comme si c’était la première fois. Comme si c’était la dernière. Comme si ce moment était un don, pas une prise.


Une lectrice m’a raconté

(Je retrouve le message, il est précieux)

Elle s’appelle Anne, 47 ans. Elle me dit :

“J’ai toujours eu du mal à me permettre le plaisir. Dans ma tête, c’était un truc qu’on volait, qu’on prendait en cachette. Puis j’ai lu un truc sur le jeûne sexuel. J’ai décidé de tester une semaine.

La première fois que je me suis retouchée après, j’ai mis 45 minutes avant d’atteindre l’orgasme. Mais ces 45 minutes… c’était dingue. Je sentais tout. Chaque mouvement. Chaque vibration. J’avais l’impression que mon corps était devenu un instrument de musique et que je jouais la plus belle mélodie de ma vie.

Quand j’ai joui, j’ai dit ‘merci’ tout haut. Pas à quelqu’un en particulier. Juste merci. Comme si le plaisir lui-même méritait de la gratitude.

Maintenant, je fais ça une fois par mois. Une semaine sans, puis un rituel. C’est devenu ma façon de prier.”


Le sextoy comme objet de cérémonie

(Je regarde la liste des objets sur mon bureau)

Un vibro, d’habitude, on le sort, on l’utilise, on le range. C’est fonctionnel.

Mais si on le traitait autrement ?

Imagine :

  • Tu le ranges dans un tissu spécial, pas dans un tiroir avec les chaussettes
  • Tu le sors seulement pour les occasions
  • Tu le “purifies” après usage (eau, encens, intention)
  • Tu le bénis, même

Ça peut sembler ridicule. Mais les objets qu’on traite avec respect, ils nous traitent avec respect en retour. C’est pas magique. C’est psychologique. C’est la relation qu’on crée.

Un ami chamane m’a dit un truc :

“Tout objet avec lequel tu entres en relation devient un être. Si tu le traites comme un outil, il sera un outil. Si tu le traites comme un allié, il sera un allié.”

Alors ton sextoy, c’est quoi pour toi ? Un outil ? Ou un allié ?


Le jeûne en couple : terrain glissant mais puissant

Attention, le jeûne en couple, c’est délicat.

Faut que les deux soient d’accord. Vraiment. Pas un qui suit pour faire plaisir. Sinon ça devient de la frustration, pas de la préparation.

Si les deux sont partants, ça peut être incroyable.

  • Vous décidez d’une période (une semaine, un mois, ce qui vous parle)
  • Vous définissez les règles (juste pas de pénétration ? pas d’orgasme ? rien du tout ?)
  • Vous vous autorisez tout le reste (câlins, massages, regards, mots doux)
  • Vous tenez un journal chacun de ce que vous traversez
  • Vous préparez ENSEMBLE le rituel de communion

Le jour J, tout est amplifié. Chaque geste a 40 jours d’attente derrière lui. Chaque caresse est chargée de tout ce temps sans.

Un couple d’amis a testé.

Ils m’ont dit : “On a redécouvert nos corps. Pas juste sexuellement. On a redécouvert comment l’autre respire, comment il bouge, comment il dort. Et quand on a enfin fait l’amour, c’était comme si on se rencontrait pour la première fois.”


Le jeûne solitaire : se rencontrer soi-même

(Je tourne une page)

Seul, c’est différent. Plus intime. Plus confrontant aussi.

Parce que quand t’es seul avec ton désir, sans possibilité de le partager, tu te retrouves face à toi-même.

Qu’est-ce que tu fais de cette énergie ?

Tu peux :

  • La laisser monter et observer ce qui se passe
  • La transformer en créativité (écrire, peindre, danser)
  • La méditer (suivre le chemin de l’énergie dans le corps)
  • Juste la vivre, sans la décharger

Certains appellent ça la “transmutation sexuelle”. Les taoïstes en ont fait tout un art. L’idée, c’est que l’énergie sexuelle, c’est de l’énergie VITALE. Et si tu ne la dépenses pas, tu peux la rediriger.

J’ai testé une fois.

10 jours sans rien. Le 8ème jour, j’ai peint pendant 4 heures d’affilée sans m’arrêter. J’avais jamais fait ça. J’avais l’impression que quelque chose passait par mes mains sans que je contrôle.

Je sais pas si c’est “l’énergie sexuelle”. Mais c’était quelque chose.


Le rituel de communion (pas à pas)

(Je sors la page que j’avais préparée)

Si tu veux tester, voilà un protocole simple. Adaptable, modifiable, comme tu veux.

Avant (préparation) :

  1. Choisis ta période de jeûne. Une semaine, c’est bien pour commencer.
  2. Décide de ce que tu “jeûnes” exactement (orgasme ? toute stimulation sexuelle ?).
  3. Tiens un petit carnet. Note ce qui se passe dans ton corps, dans ta tête.

Le jour J (préparation du rituel) :

  1. Prends une douche ou un bain. Lentement. En conscience.
  2. Prépare ton espace. Bougie, tissu beau, objet sacré (ton sextoy, un cristal, ce que tu veux).
  3. Habille-toi d’un truc qui te fait sentir beau/belle. Ou reste nu, selon.

Le rituel :

  1. Assieds-toi avec ton objet. Regarde-le. Respire avec lui.
  2. Allume-le sur une intensité très faible. Pose-le sur ton cœur d’abord. Sens la vibration qui se diffuse.
  3. Déplace-le lentement sur tout ton corps, sauf les zones érogènes. Les bras, le ventre, l’intérieur des cuisses, la nuque.
  4. Quand tu sens que tout ton corps est “réveillé”, commence à approcher les zones sensibles. Lentement. En cercle autour d’abord.
  5. Continue jusqu’à ce que tu ne puisses plus attendre. ET ATTENDS ENCORE UN PEU.
  6. Laisse-toi traverser. Quand tu jouis (si tu jouis), accueille. Observe. Ne te retiens pas.

Après :

  1. Reste allongé. Ne bouge pas. Laisse l’énergie circuler.
  2. Remercie. Ton corps, ton objet, la vie, ce que tu veux.
  3. Note ce qui s’est passé. Ce que tu as ressenti, découvert.

Un dernier truc

(Je referme mon carnet)

Le jeûne sensuel, c’est pas une performance.

C’est pas “je tiens plus longtemps que toi”.
C’est pas “je suis plus spirituel parce que je me prive”.
C’est une expérience. Rien de plus. Rien de moins.

Certaines périodes de ta vie, t’auras envie de sexe tous les jours. D’autres périodes, t’auras envie de silence. Les deux sont valables.

L’important, c’est l’intention.

Pourquoi tu jeûnes ?
Pour te punir ? Laisse tomber, ça marche pas.
Pour mieux jouir après ? Ça peut.
Pour rencontrer autre chose en toi ? Là, ça devient intéressant.

Alors si l’idée te parle, teste. Une semaine. Voir.

Et si au bout de trois jours, t’as envie de tout envoyer balader… envoie. C’est ton chemin. T’es pas en compétition avec personne.

10 Comments

  1. Sœur Ginette

    Ma pauvre fille, 40 jours sans rien ? Mon mari, au bout de 40 heures, il devient tout chose. Il rôde dans la cuisine comme un chat qui a perdu sa gamelle. L’autre fois, j’ai dit ‘jeûne sensuel’ il a cru que c’était un nouveau fromage. Résultat : il a acheté du camembert et m’a demandé si on pouvait ‘communier’ avec. L’esprit, il était plutôt dans l’assiette que dans la prière, oh la coquine !

  2. Sœur Bertille

    Ma pauvre fille, 40 jours sans rien ? Mais c’est pire que le Carême ! Moi je dis, ce pauvre homme, il a dû finir par parler aux moutons tellement il avait des visions !

  3. Sœur Camembert

    Ginette, tu me tues avec ton camembert ! Moi, j’ai essayé le jeûne sensuel une fois. On a tenu 6 jours. Au 7ème, mon mari a sorti les bougies, l’encens, et il a mis du Grégorien en fond. J’ai cru à une blague. Puis il m’a dit : ‘On va prier avec nos corps.’ J’ai répondu : ‘Mon pauvre, t’as confondu avec le rosaire ?’ Finalement, on a mangé des chips devant la télé. La communion, c’était avec la sauce andalouse.

  4. Sœur Joséphine

    Oh la coquine, Bertille ! Mais attends, je comprends l’idée. C’est comme quand on arrête le sucre pour mieux apprécier une madeleine après. Sauf que là, c’est pas de la madeleine qu’il parle, si je saisis bien…

  5. Sœur Georgette

    Oh la coquine, Camembert ! Moi, je me demande : le jeûne, ça rend plus saint ou plus frustré ? Mon voisin, il l’a fait avec sa femme. Au bout de 20 jours, il a essayé de ‘communier’ avec le lave-vaisselle. Elle l’a surpris en train de parler à l’appareil : ‘Ô mon Dieu, lave mes péchés.’ Depuis, elle le surveille avec les électroménagers. Moi, je dis : un jeûne, c’est comme un régime, ça finit toujours dans le frigo à 3h du mat.

  6. Sœur Clotilde

    Bernadette, le sonnet, je l’adopte ! Pour finir, je dis : le jeûne sensuel, c’est comme le Carême. Tu te prives de chocolat, et le jour de Pâques, tu manges l’œuf entier d’un coup. Mon mari, il a voulu faire 40 jours. On a tenu 40 minutes. Il a dit : ‘La prière, c’est bien, mais l’action, c’est mieux.’ Depuis, on a trouvé notre communion : un bon dîner, un fou rire, et pas de calendrier. L’esprit directeur, il peut garder ses 40 jours, nous on prend les 40 nuits.

  7. Sœur Marie-Thérèse

    Ma pauvre Georgette, le lave-vaisselle, c’est du vécu ! Mon mari, il a proposé un ‘jeûne spirituel’ pour ‘mieux se retrouver’. On a tenu 3 jours. Le 4ème, il a pété un câble parce que j’ai rangé ses chaussettes à l’envers. Il a crié : ‘C’est ça, ta communion ?’ J’ai répondu : ‘Non, c’est ma mission : garder les pieds sur Terre pendant que toi, tu flottes dans le cosmos.’ Résultat : on a cassé le jeûne avec une tartine. La prière, c’était ‘merci Seigneur, le beurre est doux.’

  8. Sœur Bernadette

    Ma pauvre Angèle, le Saint-Germain en crème antirides, c’est une idée ! Moi, mon expérience : le jeûne, ça m’a appris une chose. Mon mari, quand il se prive, il devient poète. Il m’a écrit un sonnet : ‘Tes yeux sont deux nébuleuses, ton corps une galaxie, sans toi, je suis une pieuse, qui prie pour une sortie.’ Je lui ai dit : ‘C’est joli, mais tu veux quoi ?’ Il a répondu : ‘Une pizza et toi.’ L’ordre des priorités, ça ne se jeûne pas.

  9. Sœur Bertille

    Marie-Thérèse, tu es mon guide spirituel ! Moi, j’ai une question pour l’article : quand on se prive, on s’offre mieux, mais à qui ? À l’esprit ou au corps ? Mon ami Gérard, il a fait 40 jours sans rien. À la fin, il a offert une orchidée à sa femme et il a dit : ‘Je suis prêt à communier.’ Elle a répondu : ‘Trop tard, j’ai pris rendez-vous avec le dentiste.’ La prière, elle était pour ses molaires. Lui, il a prié le coussin du canapé.

  10. Sœur Angèle

    Oh la coquine, Bertille, le dentiste ! Moi, j’ai testé le jeûne sensuel version ‘retraite à la maison’. On a allumé des bougies, médité, tout le tintouin. Au bout d’une semaine, mon mari m’a dit : ‘Angèle, si on arrêtait la prière et qu’on faisait du bricolage ?’ J’ai compris qu’il avait confondu ‘jeûne’ et ‘jeune’ : il croyait qu’on allait rajeunir. Maintenant, il met du Saint-Germain sur son visage. La communion, c’est avec les rides.

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