Critique de film – “sexe, mensonges et vidéo”

Critique de film – “sexe, mensonges et vidéo”

Ah, une critique ! Tu sais, on a tellement parlé de pratiques, de rituels, de traditions… mais finalement, on n’a pas pris le temps de s’asseoir devant un écran ou un livre pour voir comment tout ça se reflète – ou se déforme – dans le regard des artistes. J’aime cette idée. Parce que la sexualité sacrée, ce n’est pas qu’une affaire de chamanes ou de moines taoïstes. C’est aussi dans nos imaginaires collectifs que ça se joue.

Alors j’ai choisi un film. Un vieux film, mais qui pour moi reste un des plus beaux, des plus troublants, des plus justes sur ce mélange détonnant entre désir, vérité, et cette quête presque spirituelle de pureté. Je veux parler de sexe, mensonges et vidéo de Steven Soderbergh. 1989. James Spader, Andie MacDowell… ça nous rajeunit pas, hein ?

Le paradoxe du pornographe spirituel

Tu vois, ce qui m’a toujours fasciné dans ce film, c’est ce personnage de Graham, joué par James Spader. Un type étrange, revenu de nulle part, qui vit reclus, qui ne touche personne, et qui passe son temps à filmer des femmes qui lui parlent de leur sexualité. Les critiques de l’époque – j’en ai lu quelques-unes, y compris une analyse universitaire passionnante qui le qualifie de “distressingly spiritual sort of pornographer”, un pornographe d’une tristesse presque spirituelle . Et c’est exactement ça.

Graham est devenu impuissant. Pas par incapacité physique, non. Par dégoût. Par saturation. Il a tellement vu le mensonge, la manipulation, le jeu des corps sans âmes, que son propre corps a dit stop. Il s’est coupé du monde charnel. Et pourtant, toute son énergie, toute sa libido, il la met dans cette quête… confessionnelle. Il veut la vérité. Il veut l’aveu. Il veut que les femmes se dévoilent, non pas en enlevant leurs vêtements, mais en enlevant leurs masques.

Et là, tu te dis : mais c’est sacré, putain. C’est exactement ce dont on parle depuis le début. Le rituel du voyant, la communication des désirs profonds, la création d’un espace où la vérité peut émerger sans la chair pour faire écran. Graham, sans le savoir, sans aucune spiritualité affichée, il réinvente une forme de sacré. Sa caméra, c’est son autel. Ses bandes vidéo, ce sont ses grimoires.

Le mensonge : la maladie de l’âme moderne

Le film oppose ça à l’autre couple. John, l’avocat, le mari infidèle, le beau parleur. Lui, il baise. Il baise beaucoup, et bien, avec la sœur de sa femme. Mais c’est vide. C’est mécanique. C’est du pouvoir, de la conquête, du mensonge. Et sa femme Ann (Andie MacDowell, magnifique d’inhibition), elle est complètement coupée de son corps. Elle se vit comme une nonne dans un mariage sans amour. Elle est chaste, mais pas par spiritualité – par peur, par blocage, par conditionnement.

Le génie de Soderbergh, c’est de nous montrer que les deux sont malades. L’hyper-sexualité sans âme de John, et l’asexualité par peur d’Ann. Les deux sont des prisons. La libération, elle viendra de ce drôle de prêtre laïc qu’est Graham, qui va, par sa présence étrange, forcer tout le monde à se regarder en face.

La confession comme acte érotique

Il y a une scène… je ne sais pas si tu t’en souviens… quand Ann vient enfin se faire filmer. Graham lui dit qu’il ne la touchera pas, qu’elle peut dire ce qu’elle veut, ou ne rien dire. Et là, elle se met à parler. De son mariage, de sa solitude, de ses désirs qu’elle n’a jamais exprimés. Et c’est d’un érotisme… fulgurant. Plus érotique que toutes les scènes de cul du monde. Parce que c’est vrai. Parce que c’est la première fois que cette femme se livre, qu’elle ose être nue de l’intérieur.

L’analyse universitaire que j’ai lue le dit bien : le film traite la sexualité plus comme un sujet discursif que comme un motif visuel . On ne voit presque rien. Et pourtant, on bande. On bande intellectuellement, émotionnellement, spirituellement. C’est ça, la puissance du symbole. C’est ça, la transcendance par la parole.

Le miroir de la honte et du sacré

J’ai repensé à un livre d’Odon Vallet, Le honteux et le sacré, en revoyant ce film récemment . Il parle de cette grammaire de l’érotisme divin, de la façon dont la pudeur et la honte sont intimement liées au sacré. Et dans sexe, mensonges et vidéo, c’est exactement ça. La honte d’Ann, sa pudeur maladive, devient finalement la porte d’entrée vers quelque chose de plus grand. Ce n’est pas en devenant “libérée” comme sa sœur qu’elle se sauve. C’est en traversant sa honte, en la nommant, en l’offrant à ce drôle de confesseur.

Graham, lui, porte aussi sa honte. Celle d’avoir trop consommé, trop menti, trop joué. Son impuissance, c’est sa croix. Et c’est en la portant, en l’assumant, qu’il devient capable d’entendre la vérité des autres.

Le mensonge originel

Ce qui me frappe aussi, c’est la critique du mensonge. Pas seulement le mensonge conjugal, mais le mensonge plus profond : celui qu’on se raconte sur son propre désir. Combien de fois, dans nos ateliers, je vois des gens qui disent “je cherche du sacré”, et qui en fait cherchent juste à fuir leur propre violence, leur propre animalité, leur propre vérité ? Le sacré, ça ne se joue pas dans le déni du désir. Ça se joue dans sa confrontation la plus lucide.

Le film nous dit, à sa manière, que la vérité est la seule chose vraiment érotique. Que tant qu’on ment, on bande mou. Que tant qu’on joue un rôle, on jouit faux. Et que la confession – cette vieille pratique catho qu’on croyait poussiéreuse – est peut-être l’acte le plus subversif, le plus intime, le plus sacré qu’on puisse offrir à l’autre.

Et nous, dans tout ça ?

Alors, est-ce que je recommande sexe, mensonges et vidéo comme un film sur la sexualité sacrée ? Oui et non. C’est pas un film “new age”. Y a pas de mantra, pas de cristaux, pas de rituel tantrique. Mais y a mieux. Y a une exploration profonde de ce qui rend le sexe vraiment humain : la vérité, la vulnérabilité, le risque de se montrer sans fard.

C’est un film qui parle du désir comme d’une quête de sens. Qui montre que le plus grand aphrodisiaque, c’est peut-être simplement d’être écouté pour de vrai. Regardé pour de vrai. Sans jugement. Sans attente.

Graham, avec sa caméra, il invente une forme de présence absolue. Il est là, il écoute, il ne demande rien d’autre que la vérité. Et ça, c’est une des plus belles définitions de l’amour spirituel que je connaisse.

Un mot sur d’autres œuvres

Si tu veux creuser, je te conseille aussi de jeter un œil à Carne trémula d’Almodóvar, que certains critiques ont rapproché de la même thématique de la curiosité et du désir à travers les âges . Et en livre, il y a Charité de la chair d’Alina Reyes, qui explore exactement ce lien entre le sexe et le sacré dans une perspective chrétienne . Mais pour moi, rien ne bat la puissance épurée de Soderbergh.

Tu vois, ce que j’aime dans cette critique, c’est qu’elle nous ramène à l’essentiel. Pas besoin de rituels compliqués. Pas besoin de s’inventer une spiritualité exotique. Parfois, la porte du sacré, c’est simplement de s’asseoir en face de quelqu’un, de le regarder dans les yeux, et de lui dire : “Dis-moi la vérité. Dis-moi qui tu es, au lit, dans ton cœur, dans tes rêves.”

Et après, on verra ce que le corps fait de cette vérité.

10 Comments

  1. Sœur Ginette

    Ma pauvre fille, tu as vu cette critique sur “sexe, mensonges et vidéo” ? Elles disent que la sexualité sacrée, c’est pas que pour les chamanes. J’ai failli m’étrangler avec mon thé !

  2. Sœur Raymonde

    Ma pauvre fille, ‘sexe, mensonges et vidéo’ ? Chez moi, c’est ‘sexe, mensonges et émissions de bricolage’. Mon mari préfère regarder Stéphane Plaza plutôt que moi. Alors j’ai tourné ma propre vidéo. Je l’ai mise dans le lecteur. Il a cru que c’était un tuto pour réparer un robinet. Il a suivi les instructions. Depuis, il a moins de fuites. Et moi aussi, finalement.

  3. Sœur Georgette

    Oh la coquine, Ginette ! Mais attends, elles ont raison un peu. Moi je me souviens, quand j’étais jeune, on parlait pas de ces trucs-là. Maintenant, elles en font tout un art. J’aimerais bien savoir ce qu’elles appellent ‘pratiques’ dans le film…

  4. Sœur Georgette

    Oh la coquine, Raymonde ! Ce film, je l’ai vu à sa sortie. J’étais jeune, j’avais des cheveux bruns et pas de varices. Je suis sortie de la salle en me disant ‘ma pauvre fille, les hommes sont donc tous des menteurs ?’ Puis j’ai rencontré mon mari. Il m’a menti sur son âge, son poids et sa calvitie. Je l’ai gardé quand même. Le mensonge, c’est parfois le lubrifiant de la vie commune.

  5. Sœur Philomène

    L’article parle du ‘paradoxe du porno’. Mon paradoxe à moi, c’est que j’ai voulu faire une vidéo avec mon mari pour pimenter notre couple. Résultat : on s’est disputés sur l’angle de prise de vue, la lumière était moche, et mon mari a dit ‘on dirait un film de chasse’. J’ai tout effacé. Maintenant, on fait des vidéos de nos vacances. C’est moins excitant, mais on se dispute moins.

  6. Sœur Cunégonde

    Ma pauvre Philomène, toi et tes vidéos ! Moi, j’ai voulu imiter le film. J’ai dit à mon mari ‘parlons de nos fantasmes, comme James Spader et Andie MacDowell’. Il m’a regardée, il a dit ‘mon fantasme, c’est que tu ranges tes chaussures’. J’ai pleuré de rire. Finalement, on a parlé de nos vraies vies. C’était moins glamour, mais plus vrai. Et j’ai rangé mes chaussures. Parfois, l’intimité, c’est juste ça.

  7. Sœur Valentine

    Ce film, il m’a fait réaliser un truc : la vérité, c’est douloureux. Mon mari m’a demandé un jour ‘tu veux qu’on se filme ?’ J’ai dit oui. On s’est filmés. Puis on a regardé. Il m’a dit ‘t’as pris du poids’. J’ai éteint la télé. Depuis, on se filme plus. Mais on a acheté un vibro. C’est plus discret et ça critique pas mon derrière. La technologie, c’est dangereux, ma pauvre fille.

  8. Sœur Cunégonde

    Ah, les biscuits ! Mais revenons à nos chamanes. Moi je trouve ça beau qu’elles cherchent le sacré partout. Même dans les petits mensonges de la vie. Y a pas que dans la Bible qu’on trouve des leçons, ma pauvre fille.

  9. Sœur Angèle

    Oh la coquine, Valentine ! Moi, ce qui m’a marquée dans le film, c’est que les gens parlent plus qu’ils ne font. Chez moi, c’est l’inverse : on fait, mais on parle pas. Un jour, j’ai essayé de parler. J’ai dit ‘j’aimerais qu’on se dise nos secrets’. Mon mari a répondu ‘je te les ai déjà dits : je cache le fromage dans le tiroir à chaussettes’. C’est pas très profond, mais c’est honnête. On a ri. On a fait l’amour. Sans caméra. Juste avec le fromage. Chacun ses accessoires.

  10. Sœur Delphine

    Ma pauvre Angèle, le fromage, c’est une grande histoire d’amour ! Mais pour revenir au film, je l’ai revu récemment. Et j’ai pleuré. Parce que j’ai compris que la vraie pornographie, c’est pas ce qu’on filme. C’est ce qu’on tait. Mon mari, je le connais par cœur. Mais il y a des silences qui pèsent plus lourds que tous les mensonges. Alors un soir, j’ai éteint la télé. On a parlé. Pendant des heures. Sans vidéo. Juste nos voix. C’était le film le plus intense que j’aie jamais vu. Et y’avait pas de James Spader. Juste lui. Juste moi. Juste vrai.

Leave a Reply to Sœur Angèle Cancel reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *