Le Chamanisme – La sexualité comme force brute de guérison et de connexion aux mondes invisibles

Le Chamanisme – La sexualité comme force brute de guérison et de connexion aux mondes invisibles

Tu vois, dans le Taoïsme, on cherche à préserver et à faire circuler l’énergie. Dans le Tantra, on cherche l’union avec le divin. Mais dans le Chamanisme… on cherche le pouvoir. La garrincha, comme disent certains peuples d’Amazonie. La sexualité, c’est le carburant le plus puissant qu’on ait pour voyager, pour guérir, pour négocier avec les esprits.

J’ai eu la chance, y a quelques années, de passer du temps avec un pi’xon (un chamane) dans la jungle équatorienne. Pas pour un tourisme chamanique de pacotille, non. Un vrai contact, par un ami anthropologue qui travaille là-bas depuis vingt-cinq ans. Et ce que j’ai vu… ça a foutu en l’air pas mal de mes théories bien propres sur la spiritualité.

Le sexe n’est pas un péché, c’est une force tellurique

Pour le chamane, la sexualité n’est pas morale ou immorale. C’est comme un feu. Ça peut cuire ton repas, ça peut brûler ta hutte, ça peut éclairer la nuit, ça peut attirer les bêtes sauvages. C’est une puissance. Et le chamane, son boulot, c’est d’apprendre à manier ces puissances sans se faire bouffer.

La première chose qui m’a frappé, c’est leur rapport aux esprits de la nature. Ils ne “personnifient” pas la nature, ils sentent qu’elle est vivante, consciente, et profondément sexuée. L’arbre qui pousse, la rivière qui coule, la terre qui s’ouvre pour la graine… tout est érotique. La sexualité sacrée, ici, c’est pas un concept. C’est se brancher sur l’érection du monde, sur l’humidité primordiale de la vie.

La maladie : un vol d’énergie vitale (et sexuelle)

Dans cette vision, la maladie – physique ou mentale – est souvent perçue comme une perte de pouvoir, un fragment d’âme qui s’est détaché, ou pire, qui a été volé par un esprit malveillant ou un autre chamane aux intentions douteuses. Et devine quel est le vecteur numéro un de ce vol ? L’énergie sexuelle.

C’est pas pour rien que dans tant de traditions, on parle de “succubes” ou d'”incubes”. Ce sont des métaphores, oui, mais qui parlent d’une réalité énergétique : quand on a une relation sexuelle sans conscience, on peut laisser des morceaux de soi derrière soi. On peut être “aspiré”. Le chamane, lui, il utilise sa propre force sexuelle comme un bouclier, comme une épée, pour aller récupérer ces morceaux d’âme, pour guérir.

Je me souviens, lors d’une cérémonie de l’Ayahuasca, j’ai vu un participant vivre une crise terrible. Le chamane est venu, il s’est mis à trembler, à émettre des sons gutturaux. Plus tard, il m’a expliqué, par l’intermédiaire de mon ami : “Il avait laissé son sement (sa semence, son essence) dans le ventre d’une femme qui ne l’aimait pas, il y a dix ans. Cette partie de lui était prisonnière. J’ai dû aller la chercher, me battre avec l’ombre de cette femme, et la lui rendre.” Ça peut sembler dingue, mais sur le moment, dans cette hutte, avec l’odeur du mapacho et les chants… ça avait un sens terrifiant.

La transe : l’orgasme comme portail

Le chamane cherche l’extase. Pas l’extase “feel good” du dimanche matin, mais l’ek-stasis, le fait de sortir de soi, de se tenir hors de son corps. Et le chemin le plus court, le plus direct, c’est la transe sexuelle.

Le tambour qui bat, la danse qui dure des heures, le jeûne, l’isolement… tout ça, ce sont des techniques pour accumuler et faire monter l’énergie jusqu’à un point de rupture. Et à ce moment-là, que ce soit seul ou avec un partenaire, l’orgasme n’est plus une fin en soi. C’est la catapulte.

Quand on atteint ce niveau de tension, l’orgasme n’est pas une petite décharge agréable dans le bas-ventre. C’est une explosion qui projette ta conscience hors de ton corps. Tu deviens littéralement le son du hochet, le mouvement du serpent, le regard du jaguar. Tu es l’esprit que tu invoques.

Attention, hein, je te parle pas de faire n’importe quoi sous prétexte de “transe”. Le cadre, l’intention, c’est tout. Sans ça, tu fais juste une baise intense, et le lendemain t’es vidé. Avec l’intention chamanique, tu reviens avec des visions, des chants, des pouvoirs de guérison.

Célibat temporaire et accumulation de pouvoir

Bon, tu vas me dire : “Tout à l’heure c’était la sexualité pouvoir, maintenant c’est la sexualité portail, mais alors pourquoi certains chamanes sont-ils célibataires ou s’abstiennent ?”

Excellente question. C’est pas une contradiction. C’est une stratégie.

Le chamane voit l’énergie sexuelle comme un réservoir. Si tu ouvres le robinet tout le temps, la pression est basse. L’abstinence temporaire, c’est fermer le robinet pour laisser la pression monter. C’est accumuler de l’essence dans le réservoir pour le grand voyage. Un chamane qui se prépare à une guérison difficile ou à un voyage important peut s’abstenir pendant des semaines. Il veut avoir toute sa puissance disponible, pas la gaspiller.

Mais attention, c’est temporaire. C’est pas une condamnation à vie. C’est une discipline, comme un athlète qui fait attention à son alimentation avant une compétition. Le but, c’est pas de rester pur, c’est d’être puissant pour agir dans le monde, y compris dans le monde sexuel.

Et nous, Occidentaux, dans tout ça ?

Ce que j’aime dans cette approche chamanique, c’est qu’elle nous désintoxique de notre mental. On n’est plus dans “est-ce que c’est bien ? est-ce que c’est mal ? est-ce que c’est spirituel ?”. On est dans “quelle est la force ? où va-t-elle ? comment je l’utilise ?”

Si tu veux expérimenter une approche chamanique de ta sexualité, oublie les bougies et l’encens de santal. Va dans la nature. Seul. Touche un arbre. Sens la terre. Laisse ton excitation monter, pas en pensant à des images, mais en t’imaginant que tu es cet arbre, que tes racines plongent dans le sol, que ta sève monte… Laisse la nature elle-même devenir ton partenaire érotique. C’est troublant, au début. Ça peut même être un peu gênant. Mais si tu persévères, tu vas commencer à sentir que le monde te répond. Que le vent sur ta peau, c’est une caresse qui vient de quelque part.

C’est une manière de reprendre le pouvoir, tu vois ? De ne plus être un consommateur de sexualité, mais un prêtre ou une prêtresse de la force vitale. Et franchement, c’est autre chose.

10 Comments

  1. Sœur Ginette

    Oh la coquine ! J’ai cliqué en pensant lire un article sur les bienfaits du gingembre pour les rhumatismes, et je tombe là-dedans. La ‘garrincha’ comme carburant, ma pauvre fille, moi mon carburant pour voyager c’est la carte senior SNCF, pas besoin de négocier avec les esprits pour ça !

  2. Sœur Honorine

    Ma pauvre fille, ‘la sexualité comme force brute de guérison’ ? La dernière fois que j’ai essayé de guérir mon mari avec ma force brute, il a pris un arrêt maladie de trois jours. Le médecin a dit ‘c’est un lumbago d’origine mystique’. Depuis, je soigne avec des cataplasmes. C’est moins puissant, mais ça fait moins de dégâts.

  3. Sœur Camembert

    Oh la coquine, Honorine ! Moi, j’ai tenté le voyage chamanique avec mon vibro en forme de serpent. Je me suis allongée, j’ai fermé les yeux, j’ai appelé les esprits de la jungle. Mon mari est entré, il a cru que je faisais une crise d’épilepsie. Il a appelé les pompiers. Les esprits sont venus, mais c’étaient des pompiers en tenue. Très déçue, ils m’ont juste pris la tension. Pas de transe, juste une ordonnance.

  4. Sœur Marie-Thérèse

    C’est marrant, vous en parlez mais je trouve ça très profond. L’autre jour, avec mon mari, on a essayé de ‘circuler l’énergie taoïste’ comme ils disent. Résultat : il s’est coincé le dos et j’ai dû appeler le SAMU. L’ambulancier nous a demandé ce qu’on faisait, j’ai répondu ‘on fait du tourisme spirituel’… Je crois qu’il nous a pris pour des folles.

  5. Sœur Cunégonde

    L’article parle de ‘négocier avec les esprits’. Moi, j’ai négocié avec l’esprit de ma grand-mère. Je lui ai dit ‘mamie, je veux utiliser ma sexualité pour guérir’. Elle m’a répondu (dans ma tête) ‘ma pauvre fille, de mon temps on guérissait avec du camphre et des cataplasmes, pas avec des histoires de force brute’. J’ai insisté. Elle a fini par accepter. Depuis, chaque fois que je fais l’amour, j’allume un cierge à sa mémoire. Et je mets du camphre. Par précaution.

  6. Sœur Philomène

    Ma pauvre Cunégonde, le camphre, c’est original ! Moi, j’ai voulu expérimenter ‘la force tellurique’ avec mon mari. On a fait l’amour par terre, dans le jardin, pour être connectés à la terre. Résultat : des fourmis, de la boue, et un voisin qui nous a filmés avec son téléphone. On est devenus célèbres sur WhatsApp. Les esprits de la jungle, ils étaient là, mais ils riaient. La force tellurique, c’est bien, mais prévoyez une couverture.

  7. Sœur Valentine

    Oh la coquine, Philomène ! Moi, j’ai rencontré un vrai chamane une fois. Pas en Amazonie, à Lourdes. Il portait un survêtement et des Crocs. Il m’a dit ‘ta force sexuelle, tu peux t’en servir pour voyager’. J’ai fermé les yeux, j’ai pensé très fort à mon mari… et je me suis retrouvée dans la cuisine. Pas très loin, mais c’était un voyage. J’ai ouvert le frigo. L’esprit du jambon était là. C’était moins spirituel que prévu, mais j’ai mangé un sandwich.

  8. Sœur Angèle

    Ma pauvre Valentine, Lourdes, c’est toujours une aventure ! L’article dit ‘la sexualité n’est pas un péché, c’est une force tellurique’. J’ai répété ça à mon mari. Il m’a répondu ‘tellurique, tellurique… ça se mange ?’ J’ai soupiré. Puis j’ai ajouté ‘c’est comme une éruption volcanique’. Il a compris tout de suite. Maintenant, il me prévient quand il sent des secousses. On a créé un code : ‘petite secousse’, ‘alerte orange’, ‘éruption majeure’. C’est notre rituel chamanique à nous. Avec moins de jungle et plus de Volvic.

  9. Sœur Angèle

    Je viens de lire l’extrait à mon petit-fils, il est développeur informatique. Il m’a dit ‘Mamie, le chamanisme c’est un peu comme la 5G, ça connecte à des mondes invisibles’. J’ai pas tout compris, mais il paraît que c’est plus rapide que l’ADSL. La prochaine fois que j’aurai une panne de wifi, j’essaierai de ‘négocier avec les esprits’… ou alors je lui achète un vibrateur avec app, comme dans la pub que Ginette nous a montrée !

  10. Sœur Bénédicte

    Moi, ce que j’ai retenu du chamanisme, c’est que le sexe, c’est du carburant. Alors j’ai voulu faire le plein. Je me suis approchée de mon mari avec mes ‘forces brutes’. Il a reculé. Il m’a dit ‘t’as pris de l’essence ?’ J’ai répondu ‘non, du désir’. Il a dit ‘on peut en mettre dans la tondeuse ?’ J’ai abandonné l’idée de guérir le monde. Maintenant, je guéris mon jardin. C’est moins exigeant. Et ça pousse tout seul, comme les esprits. Sauf les mauvaises herbes. Eux, ils résistent. Un peu comme mon mari.

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