Le Pornographique est-il Forcément Anti-Spirituel ?

Le Pornographique est-il Forcément Anti-Spirituel ?

Question piège. Parce qu’elle touche à un truc qu’on préfère souvent mettre dans une case, sans nuance. Le porno, c’est mal. La spiritualité, c’est bien. Les deux, ça mélange pas. Fin de la discussion.

Mais si on grattait un peu ? Si on regardait ce qui se cache derrière ces cases ? Parce que la réalité, elle est jamais aussi simple.

D’abord, de quoi on parle quand on dit “porno” ?

Le mot “pornographie”, il vient du grec pornographos, qui signifie littéralement “écrire sur les prostituées”. Déjà, ça met une ambiance. Historiquement, c’est connoté, c’est chargé.

Aujourd’hui, le porno mainstream, celui qu’on trouve en tapant trois lettres sur Internet, c’est quoi ? C’est une industrie. Avec ses codes, ses standards, ses violences souvent. Des corps formatés, des scènes calibrées pour l’excitation rapide, des rapports souvent déshumanisés. C’est fabriqué pour consommer, pas pour ressentir. Pour vider, pas pour nourrir.

Et franchement, vu comme ça, oui, c’est difficile de trouver du spirituel là-dedans. Parce que le spirituel, c’est la présence, la conscience, la connexion. Là, on est dans l’absence, la vitesse, la déconnexion.

J’ai un ami qui travaillait dans le milieu. Il m’a raconté des tournages. Des acteurs qui se croisent dans les couloirs sans se regarder, des corps qui s’assemblent mécaniquement, des orgasmes simulés pour la caméra. Il m’a dit : “Le sexe, là-dedans, c’est devenu un geste technique. Comme faire du café.” Ça m’a glacé.

Mais le problème, c’est le sexe ou le regard ?

Si on creuse, ce qui est anti-spirituel dans le porno mainstream, c’est pas le sexe. C’est le regard qu’on porte sur lui. Un regard qui réduit l’autre à un objet. Un regard qui coupe la relation pour ne garder que la stimulation. Un regard qui transforme le vivant en marchandise.

Et ce regard, on peut le porter partout. Dans un rapport “normal”, même. On peut faire l’amour à quelqu’un en le traitant comme un objet, sans présence, sans conscience. Et ça, c’est aussi anti-spirituel que n’importe quel porno.

L’inverse est vrai aussi. On peut regarder des images érotiques avec un autre regard. Un regard qui cherche la beauté, l’émotion, la connexion. Un regard qui ne prend pas l’autre pour un objet mais pour ce qu’il est : un humain qui s’expose, qui se donne, qui joue.

Une autre vision de l’érotique

Et si on distinguait ? Porno d’un côté, érotique de l’autre. Pas pour créer une nouvelle case, mais pour ouvrir l’espace.

L’érotique, c’est l’art du désir. C’est suggérer, pas montrer. C’est jouer avec l’ombre et la lumière, avec l’attente et la surprise. C’est raconter une histoire, créer une atmosphère, éveiller l’imaginaire. L’érotique laisse une place à celui qui regarde. Il n’impose pas, il invite.

Dans beaucoup de traditions, l’érotique a sa place. Les temples de Khajuraho en Inde, couverts de sculptures d’amour. Les poèmes soufis qui parlent de l’aimée pour dire Dieu. Les estampes japonaises shunga, magnifiques, détaillées, presque méditatives. C’est pas du porno. C’est une célébration. Une célébration de la vie, du corps, du désir comme chemin.

Ce que le regard change

Un exercice tout simple. Prends deux images. Une image porno standard, avec tout ce que ça implique. Et une photo érotique, belle, suggestive, artistique. Regarde-les. Observe ce qui se passe en toi.

La première, peut-être elle t’excite vite, mais elle te laisse quoi après ? Souvent un vide, une sensation d’avoir consommé quelque chose. La deuxième, peut-être elle t’émeut, elle te fait rêver, elle ouvre un espace.

La différence, c’est pas le sexe montré. C’est le regard qu’elle invite. La première te met en position de consommateur. La deuxième te met en position de témoin, peut-être même de participant sensible.

Un jour, j’ai vu une exposition de photos érotiques. Des corps, des étreintes, des nudités. Mais c’était tellement beau, tellement juste, que les gens restaient longtemps devant chaque image. Pas pour se rincer l’œil. Pour contempler. Pour ressentir. Pour être touchés. Il y avait du sacré, là-dedans. Vraiment.

La conscience dans la consommation

Si on veut aborder ça de façon spirituelle, la question c’est pas “est-ce que je regarde ou pas”. C’est “comment je regarde”.

Est-ce que je regarde en conscience ? Est-ce que je choisis ce que je regarde ? Est-ce que je peux ressentir ce qui se passe en moi pendant que je regarde ? Est-ce que je peux accueillir l’excitation sans la juger, sans en faire une obsession, sans la fuir non plus ?

Est-ce que ce que je regarde me relie à moi-même ou m’en éloigne ? Est-ce que ça me nourrit ou ça me vide ? Est-ce que ça élargit ma vision de la sexualité ou ça la rétrécit ?

Si ce que tu regardes te coupe de toi, te rend dépendant, te fait voir l’autre comme un objet, alors oui, c’est anti-spirituel. Si ce que tu regardes t’ouvre, te fait rêver, te connecte à ton désir de façon vivante, alors c’est peut-être autre chose.

Le porno éthique, ça existe ?

Des gens ont commencé à créer autre chose. Du porno “éthique”, “féministe”, “conscient”. Où les acteurs sont traités avec respect, où les scènes sont négociées, où la diversité des corps est montrée. Où le plaisir est réel, pas simulé. Où la caméra capture de la connexion, pas juste de la mécanique.

Je suis tombé une fois sur un film de ce genre. C’était troublant. Parce que c’était chaud, clairement excitant, mais en même temps, c’était humain. Les gens se regardaient, se souriaient, se parlaient. On sentait qu’ils étaient là, vraiment. Après, j’étais pas dans la culpabilité ou le vide. J’étais plutôt… comment dire… réchauffé. Connecté à mon désir, mais pas dans la compulsion.

C’est peut-être ça, la piste. Pas jeter le porno avec l’eau du bain. Mais inventer, soutenir, chercher des représentations plus justes, plus conscientes, plus humaines.

Le piège de la culpabilité

Attention à un piège. Se dire “je devrais pas regarder ça, c’est pas spirituel”. Et après regarder quand même, en cachette, avec culpabilité. Ce mécanisme, il est pire que le porno lui-même. Parce qu’il crée de la division, du mensonge à soi, de la honte.

La spiritualité, c’est pas la pureté. C’est la conscience. Si tu regardes, regarde en conscience. Observe ce que ça fait. Accueille l’excitation, la gêne peut-être, le désir, tout. Sans te juger. La conscience transforme tout, même ce qui semble le moins spirituel.

Un maître zen m’a dit un jour : “Ce n’est pas l’acte qui compte, c’est l’esprit dans lequel tu le fais.” Ça vaut pour tout. Pour le sexe, pour la nourriture, pour le travail. Et pour ce qu’on regarde aussi.

Une pratique simple

Si tu veux explorer ça de façon consciente, voilà une proposition.

Choisis une image ou un film érotique qui te semble beau, pas trop violent, pas trop déshumanisé. Installe-toi calmement, seul. Regarde, mais pas comme d’habitude. Regarde en restant connecté à ta respiration. Observe ce qui se passe dans ton corps, dans tes émotions. L’excitation monte, ok. La gêne peut-être, ok. La curiosité, ok.

Après, éteins. Reste. Reste avec ce qui est là. Sans passer à l’acte, sans te juger. Juste accueillir. Voir ce qui reste. Parfois, c’est une ouverture. Parfois, c’est juste du vide. Mais tu sauras, pour toi, ce que ça fait.

Pour finir

Alors, le pornographique est-il forcément anti-spirituel ? Non, pas forcément. Pas plus que la nourriture est forcément gloutonnerie, pas plus que l’argent est forcément corruption. Tout dépend du regard. Tout dépend de la conscience.

Ce qui est anti-spirituel, c’est l’inconscience. La consommation sans présence. Le regard qui réduit l’autre à un objet. La honte qui nous coupe de nous-mêmes.

Ce qui peut être spirituel, c’est le regard qui relie. L’érotique qui célèbre. L’image qui ouvre, qui fait rêver, qui connecte à la vie.

Le chemin, c’est pas de fuir le désir. C’est de le traverser en conscience. Avec les images, avec les corps, avec tout. Et de choisir, à chaque fois, ce qui nous rapproche de nous-mêmes et des autres, plutôt que ce qui nous en éloigne.

7 Comments

  1. Sœur Capucine

    Ma pauvre fille, quelle question ! Moi je me souviens, une fois, par hasard, je suis tombée sur une chaîne… enfin, disons que je cherchais un documentaire sur les abeilles. Et là, je découvre que le mot ‘spirituel’ peut vouloir dire beaucoup de choses. Les abeilles, elles étaient pas contentes, je vous le dis !

  2. Sœur Cécile

    Oh la coquine de Capucine ! Moi j’ai eu une expérience presque mystique avec une cassette vidéo trouvée dans la boîte à chaussures de mon mari. Je croyais que c’était notre voyage à Lourdes. Figurez-vous que Bernadette y était pas, mais y avait beaucoup d’eau bénite quand même, si vous voyez ce que je veux dire…

  3. Sœur Delphine

    Dans l’article, ils demandent si le porno peut être spirituel. J’ai testé avec un film que ma petite-fille appelle ‘arthouse’, je crois. Y avait des plumes, des miroirs, et des gens qui se regardaient dans le blanc des yeux pendant des heures. J’ai rien compris, mais à la fin, j’avais envie de méditer. Ou de faire le ménage. C’est peut-être ça, la spiritualité ?

  4. Sœur Ernestine

    Ma pauvre Delphine, le ménage, c’est très spirituel ! Moi j’ai découvert que mon voisin de palier, un homme très discret, il tourne des films. Des films avec des gens qui font… des choses. Un jour il m’a demandé de faire de la figuration. J’ai dit oui, je croyais qu’on allait boire un thé. Ma pauvre fille, le thé, il était très chaud !

  5. Sœur Félicie

    Oh la pauvre Ernestine, t’as pas signé un contrat au moins ? Moi j’ai une théorie : le porno, c’est comme le fromage. Y en a des industriels qui puent, et y en a des artisanaux qui sont une vraie religion. Faut juste pas confondre le camembert avec le film pour adultes, même si des fois, ça colle un peu…

  6. Sœur Gertrude

    Mesdames, moi j’ai testé le porno ‘éthique’ dont elles parlent dans l’article. C’est cher, mais au moins, on voit les visages. Et devinez quoi ? Une des actrices, elle était de mon club de bridge. Depuis, au moment de couper, on se fait des clins d’œil. C’est ça, la sororité moderne !

  7. Sœur Joséphine

    Bon les filles, je retiens que le porno, c’est comme tout : avec modération et en connaissance de cause. Et si ça peut aider à méditer sur l’impermanence des choses, pourquoi pas ? Mais perso, je préfère la version papier. Au moins, ça use pas la télécommande.

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