On en parle pas. Ou alors on en rit. Ou on en fait un truc honteux qu’on cache. La masturbation, c’est le grand tabou dans le grand tabou. Tout le monde le fait, personne n’en parle vraiment.
Et si on retournait la question ? Si au lieu d’en faire un truc furtif, rapide, presque coupable, on en faisait une pratique ? Un moment avec soi. Une rencontre. Une façon de s’aimer, vraiment.
Pourquoi on en a honte ?
Avant d’aller plus loin, faut comprendre d’où vient la honte. Parce qu’elle est là, pour presque tout le monde. Cette petite voix qui dit que c’est “pour ceux qui n’ont pas de partenaire”, que c’est “moins bien”, que c’est un peu triste.
J’ai grandi là-dedans aussi. L’éducation catholique, le discours que c’est “impur”, que c’est “mal”. Après, j’ai rencontré des gens qui venaient d’autres horizons, d’autres cultures, et j’ai découvert que c’était pas universel. Dans certaines traditions, la masturbation fait partie de l’apprentissage de soi. Un outil pour connaître son corps, son énergie, avant même d’aller vers l’autre.
Un ami hindou m’a dit un jour : “Comment veux-tu accueillir quelqu’un dans ta maison si tu ne connais pas chaque pièce ?” La masturbation, c’est ça. Visiter sa propre maison.
Masturbation vs masturbation consciente
La différence, elle est énorme. La masturbation “standard”, on la connaît. Rapide, souvent devant un écran, avec un objectif précis : jouir, se vider, évacuer. Rien de mal là-dedans, hein. Mais c’est pas de ça dont je parle.
La masturbation consciente, c’est autre chose. C’est prendre du temps. Du vrai temps. C’est enlever la performance, l’objectif, le “il faut que j’arrive au bout”. C’est explorer. Découvrir. Être avec soi.
Pas pour se remplacer l’autre. Pas pour compenser un manque. Mais pour se rencontrer. Se toucher comme on toucherait quelqu’un qu’on aime. Avec attention. Avec curiosité. Avec tendresse.
Ce que ça change
J’ai commencé à pratiquer ça il y a quelques années, après une rupture. J’étais seul, évidemment, et j’avais le choix entre me lamenter ou explorer. J’ai choisi d’explorer.
Première séance, j’ai mis une heure. Une heure pour moi. Bougies, musique douce, huile de massage. Au début, je me sentais idiot. Un peu ridicule. Et puis j’ai lâché. J’ai pris le temps de toucher chaque partie de mon corps, pas seulement les zones érogènes. Mes pieds, mes jambes, mon ventre. Juste pour sentir. Pour être là.
Quand je suis arrivé au sexe, c’était différent. J’étais déjà présent. Déjà connecté. L’orgasme, quand il est venu, était plus large. Plus profond. Comme s’il concernait tout le corps, pas juste le bas.
Après, je suis resté allongé longtemps. Sans bouger. Sans culpabilité. Juste reconnaissant. Reconnaissant d’avoir ce corps, cette capacité à sentir, à jouir.
Guide pas à pas pour commencer
Si tu veux essayer, voilà comment j’approcherais ça. Pas de règles strictes, juste des pistes.
1. Choisis ton moment
Pas quand t’es pressé. Pas quand t’as la tête ailleurs. Choisis un moment où tu es tranquille, où tu ne seras pas dérangé. Le soir, le matin au réveil, l’après-midi d’un dimanche. Donne-toi du temps. Au moins une heure, si possible.
2. Prépare ton espace
Comme pour un rituel à deux, mais pour toi tout seul. Nettoie un peu, aère. Mets une lumière douce, des bougies peut-être. Une musique qui te fait du bien, sans paroles, qui enveloppe sans envahir. Un plaid doux, un oreiller confortable.
Tu peux préparer de l’huile de massage, pas trop odorante, juste pour le plaisir du toucher. Fais de cet espace un lieu d’accueil pour toi-même.
3. Commence par respirer
Allonge-toi. Pose une main sur ton ventre, une sur ton cœur. Respire. Juste ça. Pendant quelques minutes. Laisse le monde extérieur s’éloigner. Sois là, dans ton corps, dans ta respiration.
4. Explore sans objectif
Commence à toucher ton corps, mais pas tout de suite les zones sexuelles. Tes bras, tes jambes, ton cou, ton ventre. Sens la texture de ta peau. La chaleur. Les endroits doux, les endroits plus tendus.
Si tu veux, tu peux utiliser l’huile. Prends le temps de masser chaque partie. C’est ton corps, ton seul corps pour toute cette vie. Fais-lui du bien.
5. Accueille ce qui vient
Des pensées vont arriver. “C’est bizarre”, “je perds mon temps”, “il faudrait que je…” Laisse-les passer. Comme des nuages. Reviens à la sensation. Au toucher. À la respiration.
Des émotions peuvent monter aussi. De la tristesse, de la joie, de la peur. Accueille. C’est toi qui es là. Tout ça, c’est toi.
6. Approche-toi de ton sexe
Quand tu es prêt, quand tu sens que tout ton corps est éveillé, doucement, approche-toi. Pas directement au but. Autour. Les cuisses, le bas-ventre, l’intérieur des bras si t’es une femme. Explore sans précipitation.
Puis, quand tu le sens, commence à toucher directement. Mais lentement. Très lentement. Pas pour arriver vite, pour sentir longtemps. Varie les rythmes, les pressions. Observe ce qui fait du bien, ce qui est juste agréable, ce qui est intense.
7. Suis l’énergie, pas l’orgasme
L’orgasme, il viendra quand il viendra. Ou pas. Et c’est très bien aussi. L’important, c’est pas la destination, c’est le voyage. Suis l’énergie qui monte, qui circule. Parfois elle va dans le sexe, parfois elle monte dans le ventre, dans le cœur. Laisse-la aller où elle veut.
Si tu sens que tu arrives trop vite, ralentis. Respire. Laisse redescendre un peu. Puis remonte. Tu peux jouer avec ça longtemps. C’est ça, l’art.
8. Si orgasme il y a
S’il vient, sois là. Vraiment là. Accueille-le, sens-le dans tout son déploiement. Pas juste la décharge, mais les vagues avant, la vague principale, les résonances après. Ça dure plus longtemps qu’on croit, quand on est présent.
9. Reste après
Le plus important peut-être. Après, ne bouge pas. Ne te lève pas pour te laver, pour reprendre ta vie. Reste. Les yeux fermés ou ouverts. Sens ce qui reste. La chaleur, le calme, peut-être une ouverture. Parfois des larmes. Reste avec.
C’est là, dans cet après, que beaucoup de choses se déposent. Des prises de conscience. Des apaisements. Des retrouvailles avec soi.
10. Remercie
Avant de te lever, pose à nouveau la main sur ton cœur. Remercie ton corps. Remercie la vie d’avoir pu vivre ça. Même si c’était simple, même si c’était court. La gratitude, ça change tout.
Ce que ça m’a appris
Avec le temps, cette pratique m’a appris des trucs que j’avais pas anticipés.
D’abord, je connais mieux mon corps. Je sais ce qui me fait vraiment du bien, pas juste ce qui m’excite vite fait. Je peux le guider, le montrer à l’autre.
Ensuite, j’ai moins faim. Moins de ce manque compulsif qui pousse vers l’autre comme vers un médicament. Je peux être seul sans être seul. Je peux m’aimer sans avoir besoin qu’on m’aime.
Et puis, ça a changé ma façon de faire l’amour. Parce que je suis plus présent, plus calme, moins dans la performance. Je sais ralentir. Je sais explorer. Je sais que le vrai plaisir, il est pas dans l’explosion, il est dans tout le chemin.
Quelques obstacles et comment les traverser
La honte. Elle va revenir. Surtout au début. C’est normal. Observe-la sans la juger. Demande-toi d’où elle vient. De qui est cette voix ? Est-ce vraiment la tienne ? Souvent, non. C’est la voix des autres, du passé, de la culture. Laisse-la parler, mais ne la suis pas.
L’habitude de la rapidité. On a tous pris l’habitude d’aller vite. Le cerveau est conditionné. Les premières fois, tu vas peut-être avoir du mal à ralentir. C’est pas grave. Continue. Le corps apprend, se rééduque. Ça prend du temps.
La peur de l’émotion. Parfois, en se touchant avec conscience, des choses remontent. Des vieilles peines, des souvenirs, des blocages. C’est pas un problème. C’est une libération. Accueille, pleure si besoin, respire. C’est toi qui te guéris.
Le jugement. “Je devrais faire autre chose”, “c’est égoïste”, “c’est pas aussi bien qu’à deux”. Tous ces jugements, laisse-les passer. La masturbation consciente, c’est pas contre l’autre. C’est pour toi. Et être bien avec soi, c’est le plus beau cadeau qu’on puisse faire à l’autre.
Pour finir
La masturbation consciente, c’est un acte révolutionnaire. Parce qu’il dit : je compte. Mon plaisir compte. Mon corps compte. Ma présence à moi-même compte.
Dans un monde qui veut qu’on consomme, qu’on aille vite, qu’on soit toujours tourné vers l’autre ou vers l’écran, prendre ce temps pour soi, c’est une forme de résistance. Une façon de dire que l’amour commence à la maison. À l’intérieur.
Alors essaye, une fois. Juste une fois sans objectif, sans honte, sans jugement. Prends ce temps. Offre-toi ce cadeau. Tu verras bien ce qui se passe.
Et souviens-toi : la main qui touche, c’est la même que celle qui bénit. Alors bénis-toi.


Ma pauvre fille, la masturbation consciente, moi j’appelle ça ‘mon moment à moi’. Le seul moment où personne me demande où sont ses chaussettes, ce qu’on mange ce soir, ou pourquoi le chat a fait pipi sur le canapé. Je m’installe, je mets de la musique douce, et je me dis ‘ma pauvre, t’as bien mérité ça’. C’est pas de l’égoïsme, c’est de la survie !
Dans l’article, elles disent que c’est un acte d’amour-propre. Moi j’ai décidé de m’offrir ça une fois par semaine, comme un rendez-vous avec moi-même. Je prépare une tisane, je mets mon plus beau pyjama, et je me consacre à mon bien-être. L’autre jour, ma fille m’a appelée à ce moment-là. J’ai dit ‘je peux pas, j’ai un rendez-vous important’. Elle a cru que j’avais un amant. J’ai pas corrigé, c’est plus simple !
Mesdames, moi j’ai découvert la masturbation consciente sur le tard, après mon veuvage. Je me suis dit ‘pourquoi pas, t’as plus que toi maintenant’. J’ai allumé une bougie (attention, loin du foulard), mis de la musique relaxante, et je me suis écoutée. Figurez-vous que j’ai découvert des sensations que je connaissais pas. Mon mari, il était gentil mais pressé. Maintenant, je prends mon temps. La vengeance, c’est pas seulement un plat qui se mange froid !
Ma pauvre Honorine, la vengeance silencieuse, j’adore ! Moi j’ai essayé d’expliquer le concept à ma petite-fille de 20 ans. Elle m’a regardée avec des grands yeux et elle a dit ‘mais mamie, on appelle ça le self-care maintenant’. J’ai dit ‘appelle ça comme tu veux, tant que tu le fais avec amour’. Elle est devenue toute rouge. La jeunesse, ça a encore des progrès à faire !
Bon les filles, moi je retiens que la masturbation consciente, c’est comme le jardinage : faut prendre son temps, choisir le bon outil, et savourer le résultat. Et si en plus on peut en rire avec ses copines, alors là, c’est le bonus. Alors ce soir, je sors mes plus beaux draps, je prépare une infusion, et je me dis ‘ma pauvre, tu te dois bien ça’. Et personne viendra me déranger, même pas le chat !